le Mercredi 17 août 2022
le Mercredi 22 Décembre 2021 18:09 Autres - Others

Saint-Jean: des soins de santé en français qui peinent à se matérialiser

L’article 29 de la Loi sur les langues officielles stipule clairement que «toutes les publications et les communications destinées au grand public et émanant d’une institution doivent être publiées dans les deux langues officielles». — Photo SJ Objio – Unsplash
L’article 29 de la Loi sur les langues officielles stipule clairement que «toutes les publications et les communications destinées au grand public et émanant d’une institution doivent être publiées dans les deux langues officielles».
Photo SJ Objio – Unsplash
Malgré certaines critiques soulevées au fil des ans par le Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, et des efforts de la part de la communauté francophone de Saint-Jean et du Réseau de santé Horizon, l’offre de services de santé en français fait encore défaut par moment dans la ville portuaire.

Étiennette Bossé, une résidente de Saint-Jean, s’est confiée à l’Acadie Nouvelle en y allant du récit de son parcours sinueux à travers le réseau de santé, où elle a dû faire face à des barrières linguistiques.

C’est en juillet 2020 que débutent les aventures médicolinguistiques d’Étiennette Bossé. La femme se rendait à l’Hôpital régional de Saint-Jean, pour s’enquérir des prochaines étapes dans le processus d’une éventuelle transplantation rénale. Elle reçoit sa documentation expliquant la dialyse et l’opération, document qui lui sera remis en anglais.

Quelques mois plus tard, en novembre, elle ne reçoit aucun document relatif à ses résultats de tests, aux vaccins nécessaires, en somme, aucune information pour assurer le succès de sa transplantation.

Selon elle, ce manquement s’expliquerait par sa demande d’un service en français et par le fait que la documentation doit se faire traduire à Halifax.

Face à cette situation qu’elle juge déplorable, Étiennette Bossé a décidé de porter plainte au conseiller des langues officielles chez Horizon, Gary Selway.

Le Réseau de santé Horizon est pourtant clair quant à ses intentions en matière de prestation de services de santé dans les deux langues officielles.

«Nous vous offrirons des soins de santé dans la langue de votre choix. Si la personne avec laquelle vous faites affaire n’est pas en mesure de vous servir dans la langue de votre choix, elle vous dirigera rapidement vers quelqu’un qui sera en mesure de le faire tout au long de votre expérience de soins», peut-on lire dans la promesse d’engagement de la régie de santé.

Il s’en est suivi une longue série d’actions menées par la saint-jeannoise, incluant trois autres plaintes et un rapport d’enquête de la Commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick.

Après enquête, cette dernière a conclu que la plainte de Mme Bossé était fondée et que l’établissement hospitalier n’avait pas respecté ses obligations linguistiques en vertu de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick.

Le Commissariat aux langues officielles a considéré ce manquement très important et très nuisible à la bonne santé des clients francophones d’Horizon, tout en reconnaissant que le Réseau de santé a l’anglais comme langue de travail.

L’organisme gouvernemental se réfère à l’article 29 de la Loi sur les langues officielles pour étayer ses propos. Celui-ci stipule clairement que «toutes les publications et les communications destinées au grand public et émanant d’une institution doivent être publiées dans les deux langues officielles».

Dans son récent rapport annuel 2020-2021, le Commissariat aux langues officielles a fait état de 24 plaintes durant l’année, qui visaient directement le réseau Horizon.

La plupart de ces plaintes font toujours l’objet d’une enquête menée par le bureau de la commissaire.

Horizon admet ses torts et dit faire les efforts nécessaires

L’Hôpital régional de Saint-Jean avait affirmé reconnaitre que la langue de choix de la patiente n’avait pas été respectée dans cette histoire et qu’un risque majeur d’incompréhension a été généré par ce manquement.

Questionné par l’Acadie Nouvelle, Horizon dit prendre au sérieux son obligation en vertu de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick et l’offre de services dans la langue officielle du choix d’une personne.

«Nous reconnaissons qu’il reste encore beaucoup à faire, et les défis posés par la pandémie de COVID-19 ont certainement mis l’accent sur ce fait. Horizon travaille d’arrachepied dans le but d’améliorer ses processus et de cerner les lacunes dans la prestation de services afin de veiller au respect de ses obligations», a déclaré Margaret Melanson, la vice-présidente aux services de qualité et aux soins centrés sur le patient du Réseau de santé.

La direction d’Horizon dit travailler sur plusieurs initiatives qui concernent le soutien et la formation des employés et des gestionnaires ainsi que sur un modèle d’évaluation et des possibilités de formation des compétences linguistiques.

Des institutions de santé, incapables de répondre à leurs obligations linguistiques

Questionnée à son tour, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) a affirmé sans détour que les institutions de santé ne sont pas capables de répondre à leurs obligations linguistiques.

«La réalité demeure que sur le terrain, les francophones se trouvent souvent lésés dans leurs droits», estime Alexandre Cédric Doucet, le président de la SANB.

«Recevoir des services de santé de qualité égale en français a toujours été, avec l’éducation, la pierre angulaire des revendications et des droits linguistiques de la population acadienne et francophone de la province. Ce faisant, il est essentiel que le gouvernement puisse assurer un accès équitable à ces services dans les deux langues officielles d’un bout à l’autre de la province», a ajouté le dirigeant de l’organisme acadien.

Étiennette Bossé est d’avis que les francophones doivent se tenir debout afin de pouvoir obtenir des soins de santé en français.

«Il est temps de faire avancer les choses, je ne veux pas que d’autres personnes passent à travers ce que j’ai dû traverser, a assuré la plaignante. Ce peut être dangereux pour des patients qui ne peuvent pas s’exprimer en anglais.»