le Mercredi 30 novembre 2022
le Lundi 8 février 2021 20:11 Autres - Others

Raymonde Laberge, battante pour l’accès au français dans les TNO

Sereine dans la retraite, Raymonde Laberge compte transformer des palettes de bois en «beaux meubles», en ayant en tête les trois R : «réduire, réutiliser, recycler», et en utilisant le moins d’électricité possible. — photo Marie-Soleil Desautels
Sereine dans la retraite, Raymonde Laberge compte transformer des palettes de bois en «beaux meubles», en ayant en tête les trois R : «réduire, réutiliser, recycler», et en utilisant le moins d’électricité possible.
photo Marie-Soleil Desautels
Ce n’est pas dans le Sud que l’on croisera la nouvelle retraitée Raymonde Laberge. Après 17 ans comme responsable des programmes d’enseignement en français au ministère de l’Éducation de la Culture et de la Formation des Territoires du Nord-Ouest (TNO), elle compte continuer à contribuer à Yellowknife, chez elle. Retour sur sa carrière.

Raymonde Laberge est arrivée à Yellowknife pour ne jamais repartir. Mais il a fallu plusieurs étapes à cette femme originaire de Beauharnois, au Québec, où elle visite encore régulièrement son père, pour s’y rendre. La première était à Winnipeg.

C’est à la fin de son secondaire qu’une publicité retient son attention. Il s’agit d’une bourse du fédéral pour étudier l’anglais. Elle l’obtient et passe l’été à l’Université du Manitoba, à Winnipeg. «Ces semaines-là ont changé ma vie : j’ai réalisé que je cherchais la diversité. L’été suivant, en 1976, je suis allée à Vancouver. Aujourd’hui, ce programme s’appelle Explore.»

Enseigner en immersion

Après un baccalauréat en psychologie, elle interrompt des études en philosophie lorsqu’elle trouve sa voie en aidant à temps partiel une enseignante de langue seconde. Elle décroche son baccalauréat en éducation en 1982.

Tant durant ses études que ses premières années à enseigner, elle déménage régulièrement : Ottawa, Calgary et Peace River en Alberta, puis Hanover et London en Ontario.

Alors qu’elle enseigne en immersion au nord de Toronto, elle voit une annonce pour un poste à l’école Saint-Joseph de Yellowknife.

«J’ai envoyé mes dossiers à 16 h 30 par télécopieur. Une heure après, le directeur m’a passée en entrevue puis m’a offert le poste. Je lui ai répondu : “Soit je suis vraiment, vraiment bonne, soit que vous êtes vraiment mal pris, mais dans les deux cas, je ne veux pas savoir la réponse!”», se rappelle-t-elle en riant.

Et c’est ainsi qu’elle arrive à Yellowknife, en aout 1991. «Un mois après, j’ai dit à ma mère que j’avais trouvé mon chez-moi», raconte celle qui est tombée amoureuse de la communauté et quelques mois après, du directeur adjoint de l’école qu’elle épouse en 1993.

«On s’est mariés ici, chez nous», précise-t-elle, ajoutant que son mari, un Néobrunswickois anglophone, a adopté Yellowknife dix ans avant elle.

Elle enseigne donc dans cette ville en immersion jusqu’en 2000. Suivent trois années comme coordonnatrice des programmes en français pour la Commission scolaire catholique, où elle collabore avec le gouvernement.

Puis elle décroche le poste de responsable des programmes d’enseignement en français au sein du gouvernement territorial, qu’elle occupera jusqu’au 15 janvier 2021.

Influence de la langue sur l’identité

Depuis toutes ces années, elle observe l’évolution du français aux TNO. Elle constate un engouement pour les langues secondes.

«Un enfant sur dix est désormais inscrit dans un programme d’immersion de langue française», se réjouit-elle. La commission scolaire francophone prend également sa place, augmente son nombre d’élèves et s’impose.

Quant au Collège nordique francophone, il se détache de ses racines communautaires pour devenir une institution : «J’ai poussé très fort pour que les membres du conseil d’administration soient tournés vers l’académique», se rappelle-t-elle.

Lire l’article dans son intégralité sur le site du journal L’Aquilon

«L’idée de se battre pour sa langue, on a ça en commun avec les Autochtones», affirme la francophone.

Elle a d’ailleurs participé à l’élaboration du nouveau programme d’enseignement des langues autochtones. «Ma contribution, et j’en suis fière, est liée à l’importance de l’identité de l’apprenant. Quand on apprend une langue seconde, d’autant plus si c’est notre langue ancestrale, ça influence notre identité», dit-elle.

Égaliser l’accès au français dans le Nord

Une autre de ses batailles est que la nordicité soit reconnue dans les programmes pancanadiens. Elle donne en exemple le programme de bourses fédérales d’immersion Explore – l’équivalent de celui qui a «changé sa vie».

Il n’est «pas pancanadien si les jeunes des trois territoires ou de Terre-Neuve-et-Labrador ne peuvent pas y participer en raison des couts associés», dit celle qui militait pour les rendre accessibles à tous.

«Raymonde a toujours su favoriser l’aspect pancanadien de l’association», a par ailleurs écrit sur Facebook, en l’honneur de la retraitée, le président de l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF), Marcel Larocque.

Raymonde Laberge a représenté pendant 17 ans le ministère de l’Éducation des TNO sur des comités de l’organisme et elle a siégé huit ans au conseil d’administration.

Parmi les commentaires sur le billet, on pouvait lire celui d’une accompagnatrice pédagogique dans les TNO, Geneviève Charron : «Merci d’avoir transmis ta passion pour l’enseignement en français dans le Nord! Ton expérience, ton expertise et ton sucre à la crème vont nous manquer!»

Dans un échange de courriels à la suite de ce commentaire, Geneviève Charron écrit que «Raymonde Laberge a sans contredit eu une influence déterminante sur le développement de l’enseignement en français langue première et l’immersion française dans les Territoires du Nord-Ouest».

C’est aujourd’hui avec une «belle nostalgie» que cette femme énergique de 62 ans regarde son parcours. Mais elle regrette le Yellowknife d’autrefois. «Le Yellowknife de 1991 n’est pas celui de 2021.

Les enfants des employés des mines d’or venaient dans nos écoles. Il y avait aussi moins de hiérarchie qu’avec les mines de diamants. C’était plus communautaire et égalitaire. La communauté est malheureusement plus segmentée qu’avant.»

Celle qui s’implique encore malgré tout dans la communauté est sereine à propos de sa retraite. Elle compte transformer des palettes de bois en «beaux meubles», en ayant en tête les trois R, soit «réduire, réutiliser, recycler», dit-elle.

Ayant l’environnement à cœur, elle se donne comme objectif d’utiliser le moins d’électricité possible. «Je vais les concevoir surtout à la main et l’été, car mon atelier est dans le garage». Par temps froid, elle s’adonnera à d’autres activités : cuisine, peinture, couture, tricot, petits points, etc.

Le jour de sa retraite, son père lui a rappelé une phrase qu’il lui a souvent dite : «Ça prend moins de temps faire un sans cœur qu’un bon travaillant». Et elle a bien l’intention de continuer à suivre ce précieux conseil.