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le Jeudi 29 octobre 2020 16:34 Autres - Others

Le fils de Monica La Mitraille raconte sa vie

Gilles Tessier, un auteur lachutois vient de publier un récit autobiographique hors du commun. — Photo fournie
Gilles Tessier, un auteur lachutois vient de publier un récit autobiographique hors du commun.
Photo fournie
Un récit autobiographique peu ordinaire, fraichement sorti des presses, promet de ne laisser personne indifférent .

Gilles Tessier de Lachute est l’auteur de Manufacture Criminelle. Il s’agit du fruit d’un manuscrit qui a pris plus de deux décennies à compléter. Le livre, qui fait 330 pages et publié le 13 octobre dernier, est un récit poignant empreint de réalisme dans son propos.

Si le manuscrit a pris une vingtaine d’années à être complété, le projet de livre de cet auteur date d’encore plus longtemps. C’est à 13 ans qu’il prend cette décision suite à une révélation toute particulière de la part de son travailleur social : sa mère décédée était en fait Monica La Mitraille (Monica Proietti), qui avait braqué une vingtaine de banques au cours des années 1960 dans la région montréalaise. Elle est décédée en 1967, à l’âge de 27 ans. Son père aussi, Viateur Tessier, était braqueur de banque et était déjà en prison au moment des faits lorsque « machine gun Molly » comme la presse anglophone l’appelait, s’est faite abattre par la police.

Cette journée-là, M. Tessier s’en souvient de manière vive. «On m’a annoncé ça et ça m’a époustouflé. Déjà que j’avais eu une enfance extrêmement difficile jusque-là. J’ai alors pris une décision. J’ai décidé de vivre ma vie à 100 milles à l’heure et que quand je serai vieux, j’écrirai un livre. L’homme a donc connu une vie assez turbulente, motivé par le sentiment qu’il n’avait rien à perdre.

Le récit du livre de l’écrivain lachutois détaille donc cette course effrénée à travers le monde interlope et ensuite carcéral. Le jeune Tessier à commencé le vol de domiciles de son quartier à 12 ans. Il a ensuite diversifié ses activités en perpétrant des vols dans différents types de commerces tels que bijouteries ou magasins de produits de luxe. Ses activités étaient assez diversifiées, si bien qu’il finira bien évidemment par avoir une collision frontale avec la loi dans sa course à 100 milles à l’heure. Gilles Tessier s’est donc fait incarcérer.

Il a terminé ses études secondaires au pénitencier Archambault vers l’âge de 45 ans. C’est dans cette mouvance que Gilles Tessier a découvert la lecture, puisqu’il avait 15 ans de temps libre pour le faire. Il a donc fait la connaissance des ouvrages de Isaac Asimov et Mary Higgins Clark, entre autres.

M. Tessier se souvient de son séjour carcéral avec amertume. «Il n’y a pas de travail en prison. Il n’y a pas de formation (si la cote de sécurité est trop élevée)», raconte l’auteur. De plus, il déplore le fait que les séjours de désintoxication offerts duraient autrefois neuf mois. Ils ont ensuite été réduits à sept mois, puis avec les contraintes budgétaires, ils sont maintenant d’une durée de trois mois. Ceci ne permet pas de sortir la personne en traitement de toute une vie de mauvaises habitudes.

«On a besoin d’au moins six mois, juste pour être en mesure de penser de soi-même, a expliqué M. Tessier. Avant ça, c’est encore le mode de pensée de la drogue qui domine tout.».

Aujourd’hui, cela fait deux ans que Gilles Tessier s’est émancipé du monde carcéral et de l’enfer qui l’entourait. Il considère que la prison dans son état actuel est une manufacture à criminels qui ne se réforme pas à souhait.

«C’est simple: la majorité des crimes découlent de situations reliées à la drogue et à l’alcool. Si ces problèmes étaient éradiqués, les prisons seraient presque vides», soutient M. Tessier. Le livre plonge également dans ces questions et leurs répercussions sociétales.

Photo fournie

La maison d’édition de l’auteur de Manufacture Criminelle s’appelle Publication des héritages damnés. Pour cet écrivain, la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre. Son arrière grand-mère est décédée à la prison de Kingston lors d’une peine de 11 ans pour école du crime. Un peu à la manière du récit d’Oliver Twist, de jeunes badauds et voleurs étaient recueillis pour en faire une équipe. Ensuite avec l’histoire de ses deux parents, 22 braquages faits, il n’est guère surprenant qu’il y eût une pente abrupte à grimper pour Gilles Tessier.

Cette escalade soutenue, Gilles Tessier l’a réussie grâce à l’écriture de ce livre, entre autres. Il le livre tel un testament pour que le public puisse avoir un aperçu sans filtre de cette réalité. Pour l’auteur, le jeune qui s’égare dans la délinquance et la criminalité, c’est de discipline dont il a besoin. Il suggère même d’envoyer les jeunes contrevenants faire un séjour dans l’armée plutôt que dans un pénitencier.

L’auteur a vu de ses yeux l’enfer du crime. Très peu sont ceux qui s’en sortent. En faisant preuve de discipline et en poursuivant une passion, il a fini par donner un résultat, que le public peut maintenant lire.