le Lundi 5 Décembre 2022
le Mercredi 10 juin 2020 19:28 Autres - Others

Parcours atypique au sein d’une profession rocambolesque

  photo fournie
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Si vous demandiez à ceux qui l’ont connu dans sa jeunesse ce qu’elle est devenue, rares sont ceux qui auraient parié que Geneviève Martin deviendrait militaire. C’est pourtant le chemin qu’elle a emprunté, un chemin jusqu’ici rempli de succès et de riches expériences.

De son propre aveu, elle ne se croyait pas destinée à une telle carrière. «C’est drôle parce que j’avais zéro intention de devenir militaire lorsque j’étais plus jeune. Ce n’était pas un choix de carrière vers lequel je pensais m’enligner […]».

Jeune fille studieuse, mais peu athlétique, elle s’intéressait davantage à la science, plus particulièrement la biologie marine. Puis, animée par des intérêts divers, elle s’est dirigée vers la photographie avant de bifurquer vers le domaine de l’administration. Ce n’est qu’après quelques années dans cette profession qu’elle réalise que ce qu’elle cherchait comme carrière se trouvait juste sous son nez, au sein de la grande famille des Forces armées.

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Une histoire de famille

Comme bien d’autres, l’idée de joindre les Forces prit du temps à faire son chemin dans l’esprit de Mme Martin. Pourtant, celle qui a grandi à Hawkesbury a baigné dans cet environnement pratiquement toute sa vie, son père ayant travaillé comme militaire, puis son frère optant pour un parcours similaire.

C’est à force d’entendre leurs récits qui vantaient l’esprit de camaraderie et le sens de la famille qui régnait au sein de l’armée canadienne que Geneviève Martin réalisa qu’elle aussi voulait vivre au sein de cette famille, décision qu’elle n’a jamais regrettée. «Il (Francis Martin, frère de Geneviève) me disait comment il aimait ça, comment il avait trouvé une famille dans l’Armée […] J’ai commencé les démarches.»  

Savoir se relever

Si sa carrière militaire lui apporte aujourd’hui ce qu’elle recherchait jadis, soit un fort sentiment d’appartenance envers une entité plus grande que soi, ce scénario aurait pu être totalement différent si elle n’avait pas fait preuve d’une si grande résilience face à l’adversité. En effet, à peine deux mois avant d’entamer cette carrière, son frère a perdu la vie dans un tragique accident de voiture.

Ce n’est toutefois pas cela qui allait freiner Mme Martin. Bien au contraire. «Au début (après le décès de son frère), c’était vraiment ma force, ma motivation. Puis, plus tard c’est devenu plus ma propre drive qui m’a amené à continuer.» Cette résilience, elle souhaite que ses filles puissent également la développer, elles qui vivent des défis propres aux enfants de militaires.

En effet, son mari étant également militaire, les filles sont habituées de changer souvent d’environnement et de devoir faire face à l’absence d’un parent pour une période allant parfois jusqu’à six mois, mais elles réagissent bien à cette situation jusqu’à maintenant. De surcroit, le programme des Forces armées offre du soutien aux familles pour pallier ces difficultés et celles-ci constituent de bonnes occasions pour ses filles de grandir comme individu, en sachant constamment s’adapter.

 «Je suis convaincue que plus elles vont avancer, plus elles vont être tough, dans le sens où elles vont avoir été exposées à plus de changements quand elles étaient jeunes. […] Il y a des moments d’adaptation, mais les enfants de militaires sont résilients.»

Un métier atypique, mais sans égal

Lorsqu’interrogée sur les défis qu’accompagnent son métier, Mme Martin fait allusion au fait que lorsqu’on s’engage dans cette carrière, on doit être prêt à vivre certains inconforts. «Ce n’est pas la norme de te faire crier après, puis de te faire tenir éveillée, puis tu ne peux pas manger ce que tu veux quand tu veux. Prendre un break, ce n’est pas vraiment une option. Donc ça vient que ça peut être difficile sur le moral. On est fatigué, mais il faut continuer.»

Aujourd’hui placée dans un rôle d’adjudante, elle doit même motiver ses collègues à passer au travers de ces inconforts, ce qui représente un nouveau défi. De plus, elle trouve parfois difficile de ne pas avoir le contrôle sur certaines situations, mais certaines d’entre elles se retrouvent parmi ses meilleurs souvenirs, même si elles comportaient des aspects ardus. Par exemple, le froid ressenti lorsqu’elle était au Nunavut était glacial, mais ce sont des voyages comme ceux-là, qu’elle n’aurait pas eu la chance de vivre si elle n’était pas militaire, qui contribuent à renforcer son amour pour son métier. Les voyages resteront ainsi marqués dans sa mémoire, tout comme les liens qu’elle y aura créés.

 «Les relations que tu établis avec le monde, que tu les rencontres cinq minutes ou que tu passes un an avec eux, il y a des connexions que tu ne peux jamais échapper.» D’ailleurs, plus on discute avec Mme Martin, plus il est clair qu’elle n’échangerait pas l’esprit de camaraderie et de solidarité vécu au sein des Forces pour tout l’or du monde. C’est ce qui rend cette profession si unique.

 «Mon mari étant militaire aussi, parfois on peut être appelé à être à l’extérieur en même temps et les premières personnes qu’on appelle. Ce sont toujours nos amis de la légion. Je sais qu’ils sont là, puis il n’y a pas de questions, pas de peut-être. Immédiatement ils me disent ‘’oui, tu peux me les (ses enfants) apporter’’ […] Ça, on ne retrouve pas ça ailleurs. »

Grimper sans crainte ni peur

Récemment nommée adjudante, Mme Martin a gravi très rapidement les échelons au sein de l’Armée canadienne, elle qui en est seulement à sa seizième année au sein des Forces. « J’ai même battu mon chum (rires)! Il est rentré avant moi et il va l’avoir (la nomination d’adjudant) dans une semaine.»  

L’année qui vient de passer a d’ailleurs été couronnée de succès, comme en témoigne sa reconnaissance du sergent de l’année de son unité. Toutefois, la reconnaissance reçue aujourd’hui est le fruit de beaucoup de sacrifices et du travail acharné qu’elle a accompli au cours de toute sa carrière et c’est principalement dans cet acharnement qu’elle tire sa fierté.

Par ailleurs, celle qui s’apprête à partir en mission en Lettonie, dans le but d’assurer la protection de ce peuple face à la Russie, reconnait ne pas s’en faire outre mesure avec les risques qu’implique sa carrière. «Mon frère était un ingénieur de combats. Il travaillait avec des bombes pendant des missions de six mois, puis il est mort d’un accident d’autos en dehors du travail. Donc je me dis […]  je pars en mission pour six mois et je ne pense pas que je vais avoir peur, je ne pense pas à ces affaires-là.»

Le courage est probablement un trait commun dans la famille Martin, elle qui mentionne qu’à l’annonce qu’elle voulait joindre les rangs de l’Armée, les réactions de surprise étaient présentes chez ses proches, mais l’inquiétude ne semblait pas au rendez-vous. 

Quand la fierté nourrit l’ambition

En discutant avec Mme Martin, on découvre rapidement une personne épanouie et qui a définitivement trouvé sa niche au sein des Forces. Elle est fière de ce qu’elle a accompli à ce jour et heureuse de vivre cette carrière où elle contribue à la sécurité de sa famille militaire par l’entremise de rôles qui allient compétences administratives et assistance médicale.

Il ne faudrait toutefois pas se méprendre. Elle a soif d’occuper également d’autres rôles au sein des Forces et nourrit l’ambition de travailler un jour à l’élaboration de plans stratégiques, un aspect de l’Armée qui pique grandement sa curiosité.

Sans savoir ce que l’avenir réserve à l’adjudant Martin, force est d’admettre que la jeune femme qui voulait poursuivre l’œuvre de son frère tout en y laissant sa propre trace a su paver un chemin dont tant Sapeur Francis Martin que le reste de sa famille immédiate et militaire peuvent être grandement fiers.