le Mercredi 30 novembre 2022
le Mercredi 10 juin 2020 19:07 Autres - Others

La religion en temps de pandémie : défis et mesures d’adaptation

L’église Sainte-Euphémie de Casselman, fermée comme toutes les autres, continue d’être illuminée. — photo fournie par Sylvie Rainville
L’église Sainte-Euphémie de Casselman, fermée comme toutes les autres, continue d’être illuminée.
photo fournie par Sylvie Rainville
La pandémie actuelle affecte toutes les sphères de notre société et la religion n’y échappe pas. Depuis trois mois, les Églises catholiques de la région sont fermées et ses intervenants doivent user d’ingéniosité pour rester prêts de leurs fidèles.

«Nous voici en des temps difficiles…
Du jamais vu pour personne», a déclaré Michel Pommainville, curé d’Embrun et de
Marionville. M. Pommainville, pour qui la dernière messe remonte au 8 mars
dernier, reconnait que ce rendez-vous lui manque et qu’il en est de même pour
plusieurs qui y assistait.

«Nous savons tous que l’humain est
fait pour entrer en relation avec les autres. C’est ce qui manque beaucoup… de
leur balcon ou sur le trottoir, des gens me posent l’éternelle question :
‟Quand est-ce que l’église va ouvrir?”» D’autres ajoutent qu’ils ont hâte de
retourner à la messe. 

Albert Leroux, président de l’unité pastorale de Notre-Dame de l’Espérance (qui regroupe les paroisses d’Embrun, Marionville, Casselman, Saint-Albert, Limoges et Vars) croit également que ne pas pouvoir assister à la messe ou la communion constitue «un grand déchirement pour plusieurs paroissiens», et davantage pour les personnes âgées qui «n’ont pas accès à l’Internet et ont seulement le téléphone comme moyen de communication avec le monde extérieur». 

Si la situation est difficile pour les églises et les pratiquants, c’est probablement parce que les mesures de distanciation sociale affectent l’essence même du catholicisme, comme l’illustre Sylvie Rainville, présidente du conseil pastoral de Casselman.

 «La communauté catholique, c’est une communauté qui doit se rencontrer pour avoir un sens.» Tous sont néanmoins d’accord. Il est possible de pratiquer sa spiritualité sans assister à la messe en personne, et l’église demeure présente pour ceux qui en ont besoin pendant cette crise.

«Attention, l’église édifice est fermée, mais l’Église peuple de Dieu, corps du Christ et temple de l’esprit est toujours présente et ouverte partout, puisque c’est nous qui formons cette Église», a déclaré Michel Pommainville. C’est d’ailleurs dans cette optique que le curé de Casselman, Jonathan Blake, a décidé de faire retentir les cloches de l’Église chaque jour, afin de montrer que l’Église est toujours là, auprès de la communauté.

Rester connecté malgré la distanciation 

Même si les églises sont fermées, et que dans plusieurs paroisses comme à Hawkesbury, les bureaux sont également fermés actuellement en raison de contraintes de ressources, des solutions sont accessibles pour ceux qui désirent rester connectés avec le catholicisme dans la région.

Parmi celles-ci, des messes en ligne ou à la télévision sont disponibles tant au niveau régional (messe d’Embrun) que plus global (sur Radio-Canada et au canal Sel et Lumière qui a été débrouillé par exemple). En effet, grâce à l’initiative d’un paroissien qui offre ses services gratuitement, les messes d’Embrun (sans public évidemment) sont filmées et diffusées sur Facebook, une ressource qui peut être utilisée pour l’ensemble de la région.

«C’est un bel exemple de collaboration entre les paroisses. Ce n’est pas nécessaire de diffuser des messes en ligne pour chacune des paroisses.»  

Des séances d’information et des groupes d’évangélisation, appelés groupes Alpha, sont également disponibles en ligne. Aux dires de M. Leroux, on ne peut certes pas remplacer le contact physique vécu à la messe, mais on peut se réjouir du fait que plus de contenu est disponible pour les chrétiens en ligne qu’avant la pandémie.

 Pour sa part, le curé d’Embrun et de Marionville a également pris l’initiative de téléphoner quotidiennement à quelques paroissiens qu’il savait isolés, malades ou moins en mesure d’utiliser les ressources en ligne. La rétroaction fut d’ailleurs très positive face à cette initiative, les gens étant très contents que le prêtre ait pris le temps de prendre de leurs nouvelles. 

Une occasion d’apprendre et de se moderniser

Les difficultés vécues en raison de la pandémie correspondent aussi à une période d’apprentissage au bout de laquelle les paroisses de la région pourraient s’en ressortir plus modernes notamment. Par exemple, on n’hésite pas à utiliser Facebook pour y communiquer des prières et des mots d’encouragement quotidiens, alors que cette plateforme n’était pas utilisée avant la pandémie par les paroisses ici.

« La période de la COVID nous donne l’occasion de repenser à plusieurs enjeux, a affirmé Sylvie Rainville. Ça fait en sorte qu’on a eu besoin de faire appel à de plus jeunes générations (pour la transition en ligne notamment) et ça a laissé place à de belles initiatives.» 

Même son de cloche chez M. Leroux qui, en plus de soulever la meilleure utilisation des ressources technologiques grâce à la pandémie, mentionne que les paroisses ont réalisé qu’ils en savaient peu sur leurs paroissiens, et qu’ils ont dû s’ajuster pour réussir à garder le contact avec eux en période de distanciation sociale.

Et il a la quête. «Plusieurs paroisses ont aussi compris qu’elles devaient revoir leur mode de financement et ne plus se fier seulement à la quête du dimanche, mais permettre aux gens de donner en ligne ou par dépôt direct», a fait valoir M. Leroux.  Bref, les paroissiens de la région devraient, au terme du déconfinement, retrouver des paroisses similaires, mais plus modernisées en matière de financement et d’utilisation des plateformes médiatiques.

Prêts pour la relance des activités

Les paroisses suivront évidemment les directives de la santé publique de l’Ontario dans une éventuelle reprise des activités. Elles ont déjà commencé à se préparer à accueillir à nouveau leurs paroissiens.

«C’est certain qu’à l’arrivée à l’église, les gens devront utiliser le désinfectant pour les mains, a précisé Michel Pommainville. D’ailleurs, les distributeurs sont déjà installés aux portes de l’église. Il faudra également garder la distanciation s’il s’agit de personnes autres que la maisonnée. »

Cette dernière recommandation risque d’ailleurs de soulever quelques défis en matière de logistique. «On ne peut pas demander aux prêtres de faire leur travail en double, mais comment choisir qui peut et qui ne peut pas assister à la messe si on ne peut utiliser qu’une fraction des places disponibles?» 

M. Leroux tente de trouver des réponses à ces dilemmes en regardant ce qui se passe ailleurs. « En France, ils ont ajouté des messes de surplus. Ils ont demandé aux gens de n’utiliser qu’un banc sur deux pour garder les distances sécuritaires et de s’inscrire à l’avance pour assister à la messe.»

Des comités COVID ont été créés dans les paroisses afin de trouver des réponses à ces questions et assurer le bon déroulement de la reprise des activités religieuses. Notamment, un comité devra s’assurer de nettoyer les églises avant et après chaque évènement. 

De plus, un important volume de funérailles est attendu avec la relance des activités des églises, étant donné que la majorité des personnes en deuil ont choisi de reporter les funérailles à plus tard, plutôt que d’y procéder en présence de seulement cinq à dix personnes pendant le confinement.

«Il y a déjà au moins 10 à 11 personnes en attente de cérémonies des funérailles», a affirmé Sylvie Rainville au sujet des paroisses de Saint-Albert et de Casselman.

Un autre défi parmi ce casse-tête amené par la COVID-19…