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À 86 ans, il suit toujours sa propre cadence

Avant que la pandémie de COVID-19 ne mène pas au confinement, Jean-Marie Wauthy marchait religieusement deux heures au moins chaque jour. Celui que plusieurs appellent l’homme aux deux cannes a un parcours aussi fascinant qu’inspirant.

Malgré ses grosses bottes de marche, il a le pas léger, et son rythme est rapide et soutenu. Pendant plus de deux heures, il fera le tour du sentier de quelque 600 m du parc Barron encore et encore. Le tracé en boucle contraste avec la trajectoire ascendante et zigzagante que Jean-Marie Wauthy, 86 ans, a connue.

Arrivé en Abitibiti de Belgique à 14 ans, ce fils de fermier qui n’a pas «dépassé sa cinquième année» a su, par sa ténacité, son initiative, et son talent avec les chiffres à devenir agronome. «Quand tu veux, tu peux», soutient-il.

De manœuvre à chercheur

Deuxième de neuf enfants, son chemin a toutefois pris quelques détours avant de le mener au poste de directeur de la station agronomique de l’Université Laval, à Saint-Augustin. C’est à Kapuskasing, en Ontario, où il a été embauché comme manœuvre, qu’il a rencontré sa femme. Ils sont ensemble depuis 60 ans. Il a enseigné l’agriculture à Dupuy, en Abitibi, où il a passé la plus grande partie de sa vie. Cela ne l’a pas empêché d’aussi rouler sa bosse au Lac-Saint-Jean, en passant par La Pocatière.

Ce survol de sa feuille de route permet de comprendre la détermination qui habite M. Wauthy. Cet homme éloquent a réussi à convaincre Robert Huot, le propriétaire du Médaillon d’Or, la résidence pour ainés où il demeure avec sa femme depuis quatre ans, de le laisser marcher durant le confinement. Ce n’était que quelques minutes chaque jour, et ce, à l’arrière du bâtiment. Il est d’ailleurs reconnaissant envers M. Huot et Sylvie Dinelle pour leur compréhension.

La marche en confinement

Au plus fort du confinement, alors que sous édit gouvernemental, les résidents n’avaient plus le droit de sortir de leur chambre. «Vous savez, ma femme et moi, on n’a pas eu trop à se plaindre, explique-t-il, on était ensemble. Mais les gens seuls qui d’un coup ne pouvaient plus voir personne, ç’a dû être terrible pour eux.»

Depuis qu’il était enfant en Belgique, le Canada était synonyme de liberté. Le confinement l’a donc frappé. «Je n’aurais pas pu m’imaginer qu’un jour, je serais privé de marcher. J’ai marché plus de 50 000 km depuis 1995.»

Et dire qu’à la fin février, M. Wauthy et sa femme étaient en croisière sur le Pacifique. «On l’a échappé belle!»

Bon pied, bon cœur

Tout le long de l’entrevue, que nous avons effectuée… en marchant, M. Wauthy réoriente l’attention sur les autres. Depuis la retraite, il a été bénévole pour le Centre d’entraide d’Argenteuil où il a aidé les gens dans le besoin avec leurs impôts. Il officiait la liturgie de la parole au Médaillon d’or et aidait aux rituels à l’église Sainte-Anastasie. Or, il n’a pu s’y dévouer depuis deux mois.

«L’absence d’activité de bénévolat dans ma vie paroissiale ainsi que ses sacrements, toutes les conversations avec les personnes que l’on rencontrait chaque jour dans notre vie communautaire, sont pour nous d’autres grandes privations», dit-il.

Pour lui, le secret est aussi la voie à suivre. «Je mets l’emphase sur l’amour – l’amour inconditionnel!» Certains diront qu’il n’y a peut-être pas de meilleure voie à suivre que celle-là.