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le Mercredi 15 avril 2020 11:36 Autres - Others

 Violence conjugale à l’ère du confinement

  photo tirée d'une banque d'images
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Le confinement, la perte d’emploi et l’anxiété… un cocktail dangereux dont les femmes et les enfants sont les principales victimes.  

La pandémie de la COVID-19 et ses conséquences sociales et économiques rendent les femmes victimes de violences conjugales plus isolées que jamais. Ce phénomène mondial s’étend au-delà de nos frontières. Les études démontrent une corrélation importante entre la situation financière et les violences. La Chine a connu une hausse de 3% des situations rapportées de violences.

La région de Prescott-Russell ne fait pas exception. Le stress et l’arrêt des activités extérieures peuvent entrainer une hausse de la violence intrafamiliale.

Volume d’appels inquiétant

La Maison Interlude House, qui œuvre dans le domaine de la violence faite aux femmes depuis 37 ans, a constaté  une baisse du nombre de cas reçu depuis le début du confinement. Cependant, ce constat est une source d’inquiétude.

«Le volume d’accueil des femmes a baissé. C’est inquiétant» a constaté Muriel Lalonde, directrice générale de la Maison  Interlude House et présidente de la Coalition contre la violence faite aux femmes de Prescott-Russell.

Selon Mme Lalonde, lors de cette période de confinement, les femmes victimes se retrouvent surveillées constamment par le conjoint violent. L’appel à l’aide devient difficile.  

Un autre organisme, Valoris, qui œuvre comme relais pour les victimes de violences conjugales dans Prescott-Russell, se rend compte qu’il y a eu une chute vertigineuse des demandes reçues.

 «On croit que c’est significatif lorsque le volume d’appel diminue. Par exemple, la semaine du 16 mars, les demandes et appels de service étaient stables. Par contre, le lundi 23 mars, on a noté une baisse. Cela ne veut pas dire que les violences ont cessé, bien au contraire», a expliqué Judith Gour, directrice de service chez Valoris.

Même constat pour le centre Novas Calacs francophone de Prescott-Russell, qui aide à prévenir les violences à caractère sexuel. Le volume d’appel est en baisse depuis le début du confinement. «On sait probablement qu’il y a plus d’agressions à cause du confinement, du fait que les femmes sont confinées avec leur potentiel agresseur. Ces femmes sont en mode survie, elles sont aussi impactées par la crise économique liée à la COVID-19, ce qui explique la baisse des appels» a expliqué Anne Jutras directrice du centre Novas Calacs francophone de Prescott-Russell.

«Le facteur d’accès aux services d’aide est important. Pour cela, on essaye d’élaborer de nouvelles stratégies de sensibilisation ainsi de nouveaux moyens de communication avec les victimes, a assuré Mme Gour. Les femmes et les enfants sont déjà victimes d’isolement social avant la pandémie, avec la fermeture des écoles et entreprises, les femmes se retrouvent encore plus isolées »

Aider malgré la COVID-19

D’autre part, Valoris assure un renforcement de ses mesures, comme l’accueil et l’aiguillage des victimes vers les centres d’hébergement tout en respectant les consignes de sécurité du gouvernement.

«L’accès aux quatre points de nos services dans la région demeure le même. Les bureaux sont ouverts au public en respectant les recommandations du gouvernement en matière de sécurité. Le nombre d’employés à cet effet a été réduit. Notre ligne d’urgence est ouverte 24/24 pour répondre aux demandes de violence et mauvais traitement», a ajouté Mme Gour.

C’est le cas aussi des autres associations de la région. La maison d’hébergement Interlude House accueille toujours les victimes, malgré le contexte de pandémie, grâce à l’installation d’une procédure et d’un protocole de dépistage. «On a mis une procédure de dépistage de COVID-19 de toutes les personnes qui entrent. Cette procédure inclut un questionnaire sur la santé et l’historique de voyage, pour éviter toute éclosion de la pandémie au sein du foyer» a expliqué Mme Lalonde.

D’autre part, Interlude House s’est adaptée rapidement aux mesures de distanciation sociales. «Avant la pandémie, les femmes pouvaient cohabiter dans une seule chambre, aujourd’hui ce n’est plus possible. On a dû réduire le nombre, à une femme et toute personne à sa charge par chambre», a assuré Mme Lalonde.

«Les femmes ont toujours la possibilité de sortir de leur chambre et de profiter de nos installations, mais en limitant le contact entre elles» a ajouté Muriel Lalonde.

Malgré que la maison Interlude soit arrivée à sa capacité maximale (12 lits), mais Mme Lalonde continue d’encourager les femmes à risques de toute forme d’abus, de faire appel à ces services. «Nous avons mis en place des partenariats avec des entités d’accueil, par exemple l’hôtel Novotel de Casselman, nous sommes prêts à répondre aux demandes de toutes les victimes» a indiqué Mme Lalonde.

Briser l’isolement

Pour briser cet isolement et aider les femmes et les enfants, Valoris privilégie une nouvelle approche. «Nous élaborons un plan de sécurité pour les victimes, a indiqué Judith Gour. On suggère aux victimes de demander de l’aide lors d’une courte sortie à la pharmacie ou à l’épicerie par un code, envoyer un texto ou aviser les proches.»

Cette stratégie, qui peut sauver des vies, est utilisée par quelques pays. C’est le cas de la France qui vient de mettre en place un dispositif permettant aux victimes de donner l’alerte dans les pharmacies grâce à un code secret, «masque 19».

Cette approche reste difficile à mettre en place selon Mme Lalonde. En effet, l’installation de cette stratégie dépend, fortement, de la communication. «La problématique c’est de savoir si les gens qui reçoivent ce code ont la bonne information pour diriger et accompagner la victime ». La directrice de la Maison Interlude compte sur la communication pour pallier à cette problématique. «On tente d’éduquer les personnes sur ces codes pour qu’elles puissent aider les femmes au besoin», a conclu Muriel Lalonde.

La Maison Interlude house indique qu’elle a aidé plus de 365 femmes (hébergement et services externes) et 45 enfants (témoin de violence) durant l’année dernière. Sa ligne de crise a reçu pas moins de 962 appels et 5 373 appels pour de l’information et soutien. Des chiffres, qui démontrent que la lutte contre la violence faite aux femmes dans la région a encore du chemin à faire et devrait s’intensifier avec la fin de la crise de la COVID-19.