le Lundi 16 mai 2022
le Jeudi 2 avril 2020 15:36 Autres - Others

Nathalie Joly a le bienêtre des élèves à coeur

Nathalie Joly, une éducatrice spécialisée en bienêtre et sécurité à l’École secondaire publique Le Sommet, à Hawkesbury, une des trois écoles qui lui sont assignées par le Conseil scolaire de district catholique de l'Est ontarien (CSDCEO). Ici, elle est dans la bibliothèque du Sommet, où les élèves, les parents et les enseignants peuvent trouver son bureau, pour toute urgence reliée à leur bienêtre. — photo Cristiana Mandru
Nathalie Joly, une éducatrice spécialisée en bienêtre et sécurité à l’École secondaire publique Le Sommet, à Hawkesbury, une des trois écoles qui lui sont assignées par le Conseil scolaire de district catholique de l'Est ontarien (CSDCEO). Ici, elle est dans la bibliothèque du Sommet, où les élèves, les parents et les enseignants peuvent trouver son bureau, pour toute urgence reliée à leur bienêtre.
photo Cristiana Mandru
Nathalie Joly, éducatrice spécialisée en bienêtre et sécurité, qui travaille depuis 28 ans au Conseil scolaire de district catholique de l'Est ontarien (CSDCEO), était de passage récemment à l’École secondaire publique Le Sommet, à Hawkesbury. Elle nous explique ses responsabilités.

«Nos rôles sont soit d’offrir des ateliers au niveau des besoins, ici à l’école, qui touchent la prévention, d’aller jusqu’au suicide, jusqu’aux habiletés sociales, les relations saines et pas mal toutes les problématiques qu’il peut y avoir à l’adolescence, sans oublier la toxicomanie. On peut également offrir des formations aux enseignants, selon qu’on parle de la zone jaune ou de la zone rouge.»

Comme le nom l’indique, la zone rouge, ce sont les élèves aux besoins urgents, des élèves à plus grands besoins qui sont recommandés aux services externes comme les hôpitaux, les centres de service mental, les CALACS. La zone jaune, c’est au niveau de la prévention. À ce moment-là, les services offerts consistent soit dans des mini groupes, soit des rencontres individuelles.

La façon dont les services de bienêtre et de sécurité fonctionnent, c’est en fonction des références faites par les professeurs. «S’il y a des enseignants qui ont des inquiétudes par rapport à certains élèves, à ce moment-là, ils nous sont référés, soit en équipe-école, soit ils viennent nous voir individuellement et là, on discute de ce qu’on peut leur offrir», a expliqué Mme Joly. C’est à partir des observations des enseignants en classe que les problématiques sont dressées et les solutions recherchées, en fonction des besoins des enfants.

Il y a aussi un travailleur social à l’école, quatre jours par semaine. La différence entre les deux intervenants? Mme Joly fait beaucoup de groupes et moins de sessions individuelles, tandis que le travailleur social travaille beaucoup plus individuellement, peut-être un peu plus en profondeur, au niveau thérapeutique.

Les grandes causes de malaises à l’école

Les principales raisons qui vont amener les élèves à voir les intervenants en bienêtre à l’école sont principalement en rapport avec l’anxiété, le stress de performance au niveau social, au niveau de l’estime de soi et aussi au niveau de la cyberintimidation.

Par rapport à ses débuts en tant qu’éducatrice spécialisée en bienêtre, Mme Joly constate qu’il y a certainement plus de demandes qu’au moment où elle a commencé. Cela est dû au fait qu’au début, les gens ne saisissaient pas son rôle. Aujourd’hui, il y a plus de demandes au niveau des éducateurs, mais aussi des parents qui appellent justement pour avoir leurs services.

Mme Joly cite l’exemple d’un groupe pour l’estime de soi appelé «Entre filles», où les participantes parlent de l’approche avec leurs parents, de l’estime de soi, des relations saines de leurs amis.

«On essaie de voir justement tout ce qui peut être un fardeau pour les adolescentes, de leur offrir des solutions, des techniques, etc.», d’après Mme Joly.

Il y a aussi un groupe LGBTQ et Mme Joly organise souvent des diners-causeries, où elle invite les membres de ce groupe à des rencontres hebdomadaires.

Les rencontres de groupe font partie du curriculum scolaire des élèves, par exemple l’éducation sexuelle, où l’éducatrice leur parle du consentement, des relations saines, de la santé mentale versus les maladies mentales.

«On les conscientise parce que souvent, à cet âge-là, ils ne savent pas vraiment quelle est la différence entre ce qui est normal et ce qui devrait les préoccuper. On voit avec eux comment prendre soin d’eux-mêmes, l’importance d’avoir une bonne santé mentale ainsi que l’exercice physique et l’alimentation», a précisé Mme Joly. Bien souvent, son travail et celui de son collègue consistent à apaiser les inquiétudes des élèves, puisqu’elle est consciente du lot de préoccupations communes dans cette période de leurs vies.

Il y a aussi un groupe de sensibilisation au niveau de la malbouffe, pour éduquer les filles par rapport aux habitudes alimentaires saines. Cela touche aussi l’estime de soi, d’être bien dans leur peau. Les activités au sein de ce groupe? On leur offre des menus simples à partir d’ingrédients qui leur sont accessibles. Elles ont des pesées hebdomadaires pour essayer d’atteindre leurs objectifs réalisables.

Pour les élèves les plus anxieux, Mme Joly fait ce qu’elle appelle des Chico, c’est-à-dire des contrôles le matin, question de voir comment ils se sentent le matin, et des contrôles à la fin de la journée pour savoir comment s’est passé leur journée. Le but c’est d’appuyer ces élèves et de prévenir leurs malaises.

Donc, il y a toute une panoplie d’ateliers et de mini-groupes pour que l’élève se sente bien dans sa peau, selon l’éducatrice. «Souvent, c’est juste qu’ils ont besoin de vider leur sac, parce qu’à la maison ils ne se sentent pas écoutés par leurs parents», a-t-elle observé.

Les plus grands défis

Son plus grand défi c’est de voir tous les élèves à l’intérieur d’une semaine. «Il y a tellement de demandes et on est tellement limité par le temps! Moi j’aimerais voir mes cocos tous les jours, mais ce n’est pas possible. On a un horaire stable et parfois, il peut y avoir des urgences et alors je ne peux pas voir un groupe d’élèves à cause de ça», a-t-elle raconté. Mme Joly peut voir peut-être une vingtaine d’élèves par semaine, avec les mini-groupes.

Pour l’éducatrice, ses sources de motivation au quotidien sont simples. «Chaque succès, on le célèbre. Juste voir un élève s’épanouir, de le voir avancer, mettre en pratique les outils qu’on lui offre, ça me fait plaisir. C’est une grosse tâche, mais pour nous, c’est un motif de célébration! Ça prend du courage pour utiliser les outils et les stratégies qu’on leur offre. C’est ça qui rend notre travail agréable quand on les voit s’épanouir!», a-t-elle confié, le sourire aux lèvres.

«Il y a des journées plus difficiles que d’autres, mais on s’attend quand même à voir le succès. Puis souvent, ils ont juste besoin d’un petit coup de pouce puisqu’ils ont les outils nécessaires. Ils savent quoi faire, mais c’est juste du petit coup de pouce extra qu’ils ont besoin, a-t-elle souligné, modestement. Mais dans cette école, c’est tellement chaleureux, tout le monde ici s’entraide», a-t-elle révélé.

 Au cours de sa carrière, Mme Joly a appris à ne pas mettre dans la même boite tous les enfants, à reconnaitre leur individualité et à les accepter tels qu’ils sont. «Chaque enfant a quelque chose d’unique à apporter et c’est important de les écouter, de les prendre tels qu’ils sont. Mon rôle à moi c’est de rendre leur quotidien agréable et sécuritaire lorsqu’ils viennent à l’école, qu’ils se sentent en sécurité, qu’ils se sentent bien. Chaque enfant est différent et il est important d’accepter l’enfant tel qu’il est et de respecter son avancement, qu’il soit prêt à avancer ou non.»

 Pour ce qui est de l’école, l’éducatrice pense que c’est le milieu idéal à l’épanouissement des élèves. «Les enseignants ici, au Sommet, ont une belle ouverture, ils sont extraordinaires. Ils prennent le temps de parler aux élèves, de les écouter, de voir comment ils vont, de s’assurer de leur bienêtre. Les élèves savent où aller pour demander de l’aide, qui aller voir, ils connaissent les personnes de confiance. C’est une grande famille et on voit au besoin de chaque personne, notre porte est toujours ouverte», a-t-elle résumé.