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le Mercredi 1 avril 2020 20:17 Autres - Others

COVID-19: la BSEO ne recommande pas l’hydroxychloroquine

  photo tirée d'une banque de photos
photo tirée d'une banque de photos
Le Bureau de santé de l’est de l’Ontario ne recommande pas l’utilisation de l’hydroxychloroquine comme traitement de la COVID-19.

Dans l’attente d’un vaccin contre la COVID-19 qui devrait être disponible d’ici un an ou plus, les regards se tournent vers des expérimentations de plusieurs médicaments.

C’est dans ce contexte de course contre la montre qu’apparait une molécule très controversée qui soulève bien des interrogations. Il s’agit de la Chloroquine, un anti paludique prescrit depuis plusieurs décennies contre le paludisme, un parasite véhiculé par le moustique et existant surtout dans les pays d’Afrique. La chloroquine est connue sous plusieurs noms commerciaux, selon les pays et les laboratoires qui les fabriquent: Nivaquine ou Resochin par exemple.

Qu’en dit le BSEO

Depuis le début de la crise de la COVID-19, des voix se sont levées pour l’utilisation de l’hydroxychloroquine comme un protocole de traitement.

Interrogé par notre journal, le Bureau de santé de l’est de l’Ontario ne conseille aucunement l’utilisation de cette substance dans le traitement de la COVID-19. «Les tests effectués dans certains pays ne suivent pas le protocole clinique, et son utilisation peut s’avérer dangereuse pour certains patients» explique Dr Paul Roumeliotis le médecin hygiéniste du BSEO.

Dr Roumeliotis a précisé que ce traitement présente de nombreux effets indésirables comme des vomissements, diarrhées, l’agressivité, et des troubles hépatobiliaires, ce qui peut affecter les patients. Mais aussi, des troubles cardiaques selon des études datées de 2004. À défaut de résultat clinique probant, les autorités sanitaires de la région ont émis beaucoup de réserves sur ce fameux traitement.

Hydroxychloroquine traitement miracle?

En effet, l’apparition de cet éventuel traitement est attribuable à une étude chinoise qui révèle son efficacité. Une étude sur 134 personnes dans différents hôpitaux chinois concluait à des effets positifs de la chloroquine. S’en est suivi une autre étude venant cette fois de France, l’échantillonnage du test clinique est moindre, une vingtaine de patients concernés qui ont reçu de l’hydroxychloroquine combinée à l’antibiotique azithromycine. Le point commun de ces deux études ce sont les résultats encourageants qui en découlent. En revanche, une autre étude chinoise datée du 6 mars n’a pas pu constater l’efficacité de ce traitement sur 30 malades.

Mais de nombreux scientifiques et l’Organisation mondiale de la santé montrent les limites de ces études, notamment parce qu’elles portent sur trop peu de patients et qu’elles n’ont pas été menées selon les protocoles scientifiques standards: tirage au sort des patients, médecins et patients ignorant qui reçoit le traitement, résultats publiés dans une revue scientifique à comité de lecture indépendant, etc.

L’hydroxychloroquine est devenue depuis le cheval de bataille du professeur français Didier Raoult, le directeur de l’IHU Méditerranée Infection de Marseille, qui affirme depuis quelques semaines que cette molécule traite des centaines de malades. Cependant une dernière étude clinique publiée le vendredi par l’infectiologie, peine à démontrer encore une fois son efficacité.

Pourquoi l’hydroxychloroquine ?

L’engouement pour cette molécule dépend d’un facteur économique important, son prix bon marché et aussi sa disponibilité. Un autre facteur, c’est le temps qui s’écoule et emporte avec lui des centaines de vies de la planète victimes de la COVID-19, mettant la pression de plus en plus sur les chercheurs et sur des citoyens cherchant le salut.

Contesté ou non, des pays ont choisi d’utiliser officiellement un protocole sanitaire de traitement des patients atteints de COVID-19 à base d’hydroxychloroquine, c’est le cas du Maroc.

Cependant, cette molécule a déjà fait une victime aux États-Unis, un homme dans la soixantaine d’années qui avait ingéré du phosphate de chloroquine.

Autre effet, l’association des pharmaciens du Canada a constaté une augmentation des ordonnances d’hydroxychloroquine, ainsi qu’une augmentation des commandes privées de ces médicaments par des médecins, qui les classent comme étant « à usage de bureau » : une classification qui indique normalement qu’un médecin souhaite en faire une réserve pour une utilisation future. Cela provoque une rupture de stock et des malades privés de cette substance. L’ordre des médecins et des chirurgiens de l’Ontario se dit prêt à mener des enquêtes contre les praticiens impliqués.