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le Mercredi 4 mars 2020 20:59 Autres - Others

Un parcours difficile vers l’hôtel de ville

À l’occasion de 8 mars 2020, la Journée internationale des femmes, Madame Paula Assaly, mairesse de la ville de Hawkesbury, depuis 14 mois déjà, fait un retour arrière sur son enfance et sa jeunesse, à une époque où l’égalité des genres et les perspectives des femmes dans certains milieux relevaient de la science-fiction. — photo fournie
À l’occasion de 8 mars 2020, la Journée internationale des femmes, Madame Paula Assaly, mairesse de la ville de Hawkesbury, depuis 14 mois déjà, fait un retour arrière sur son enfance et sa jeunesse, à une époque où l’égalité des genres et les perspectives des femmes dans certains milieux relevaient de la science-fiction.
photo fournie
Provenant d’une grande famille de sept enfants, dont quatre garçons et trois filles, Paula Assaly, mairesse de Hawkesbury, a presque failli ne pas aller à l’université. Ou ne pas décider du cours de sa vie carrément…

En fait, Mme Assaly et ses frères et sœurs semblaient destinés à travailler au sein des entreprises familiales. Mais grâce à l’influence de sa mère et de sa sœur aînée, leurs destins ont pris une direction quelque peu différente.

Dès l’âge de neuf ans, Paula Assaly avait déjà deux emplois. Elle travaillait pour son père et sa tante. Son père était un entrepreneur qui possédait un hôtel et un restaurant à Hawkesbury.

Les filles étaient reléguées à des tâches ménagères, comme nettoyer les chambres d’hôtel, laver de la vaisselle, travailler à la buanderie et s’occuper de la réception. Quant aux garçons, ils y travaillaient aussi, mais ils obtenaient, en plus, un salaire et des actions dans les compagnies de leur père (pas les filles). Leur mère y travaillait également de 17h à 2h du matin, six jours par semaine. De plus, ils devaient tous travailler pour leur tante qui vendait des vêtements pour femmes sur la rue Main.  

«Nous avions très peu de temps pour réfléchir à autre chose que le travail», se souvient Mme Assaly. Plus tard, la décision de sa sœur aînée de poursuivre des études comme technicienne en laboratoire a mis son père dans tous ses états, se rappelle Mme Assaly. Il voulait que tant elle que ses autres enfants restent travailler dans son commerce et celui de sa sœur.

Sa mère, comme jeune fille, souhaitait devenir infirmière, mais sa famille ne pouvait pas payer ses études. «Mais ma mère n’a pas lâché son bout. Elle a réalisé son rêve à travers sa fille ainée qui a finalement fait ses études à Ottawa. Pour la décourager, mon père s’assurait de faire les paiements d’études en retard», a-t-elle raconté.

Lorsque son tour est venu, Mme Assaly est devenue le mouton noir de son père, car elle avait décidé de poursuivre des études à l’université. «Mon père était excessivement fâché contre moi. Il voulait que je reste à travailler dans son commerce et celui de ma tante. Il a refusé de financer mes études. C’est avec l’aide de ma sœur ainée et les prêts études que j’ai pu entreprendre mes études. (…) «Pour ma sœur cadette, c’était le même problème. Il y avait beaucoup de disparité entre le traitement des garçons et des filles dans notre famille», a poursuivi la mairesse.

Heureusement, il y eu l’influence salutaire de sa mère. «Ma mère était une personne très équitable, qui ne favorisait jamais un enfant plus qu’un autre, une valeur que j’ai toujours appréciée», se souvient-elle. C’est peut-être cela aussi qui lui a donné le gout d’aller étudier en droit.

Une fois arrivée à l’université, elle a constaté que les femmes, qui constituaient 47% des étudiants, étaient traitées de façon équitable, même s’il y avait une carence visible de femmes dans le corps professoral. Plus tard, lorsqu’elle est devenue avocate, elle ne s’est pas sentie traitée de manière très différente parce qu’elle était une femme.

«Une fois en pratique, 97% de mes clients étaient des hommes. J’ai travaillé dans le monde de la construction et de la haute technologie et je peux dire que je n’ai pas senti d’inégalité. L’ayant vécu, je ne la voyais peut-être plus ou je n’y portais pas attention», a-t-elle observé, en faisant allusion au climat familial qui l’avait préparée, d’une certaine manière, à lutter malgré les obstacles.

«Les temps ont beaucoup changé. Auparavant, les pères de famille offraient de l’aide financière qu’à leur fils, mais maintenant les parents aident leurs enfants. Point,» a noté Mme Assaly.

Son rôle actuel lui offre la possibilité d’être surprise positivement par les gens qu’elle représente. «J’ai un grand sentiment de fierté à titre de représenter les gens de Hawkesbury. Ils sont très gentils, aimables et très compréhensifs envers moi et la responsabilité que j’assume. Ils sont généreux. Si vous êtes vraiment dans le besoin, il y aura toujours une personne prête à vous aider à proximité,» a-t-elle raconté, de bon escient.

Activités favorites et lieu favori à Hawkesbury

Mme la mairesse apprécie surtout les visites à l’école lors d’événements particuliers, d’où elle revient toujours énergisée, où «les enseignants et les élèves font preuve de beaucoup de créativité, selon elle. Participer aux nettoyages des divers secteurs de la ville avec les bénévoles est valorisant pour moi.» On pourra également la surprendre parfois au Centre culturel Le Chenail, où elle va parfois, par nostalgie; ou bien en train de se promener dans divers quartiers, plongée dans ses pensées, en train de s’imaginer comment elle pourrait les améliorer et les transformer.

Si on devait résumer sa motivation quotidienne en quelques mots, elle découle surtout «d’un désir ardent de réaliser quelque chose; d’accomplir quelque chose, d’être en mode d’apprentissage tout le temps pour tout ce qui est nouveau; c’est la détermination de laisser un monde meilleur dernière moi.»

C’est ce même désir ardent d’apprentissage et d’accomplir quelque chose qui lui a offert la chance de vivre sa plus grande source de fierté, celle de se trouver à titre de mairesse d’une ville, une idée qu’elle aurait considérée comme farfelue, il y a quelques années à peine. Son modus vivendi, celui d’une «femme reconnue pour sa rectitude professionnelle, un désir ardent d’accomplir quelque chose, de faire la différence et de travailler fort pour atteindre mes objectifs » ne concordait pas avec l’image qu’elle avait des politiciens à l’époque, notamment «leurs jeux, leurs manipulations de l’information et leurs intérêts personnels.»

Heureusement pour Mme Assaly qu’elle soit allée plus loin que ses perceptions initiales. Sinon, elle n’aurait pas eu la chance unique de pouvoir vivre sa passion et d’écrire l’histoire de sa ville, à sa façon.

«Tout ce parcours a fait de moi une personne très déterminée. Je me suis rendu où je voulais sans passer par-dessus les autres mais à côté d’eux. Il y a des hommes qui ne laisseront jamais une place aux femmes; ils sont habitués à faire à leur façon et ce n’est pas une femme qui va leur dire comment faire autrement. Il y a des hommes qui n’acceptent pas l’autorité d’autres hommes aussi. Ça fait partie de leur ADN, mais ils sont les vieux de la vieille et pas la majorité, » a-t-elle résumé.