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le Mercredi 22 janvier 2020 19:13 Autres - Others

À la recherche de main-d’œuvre agricole désespérément!

  photo tirée d'une banque de photos
photo tirée d'une banque de photos
D’ici 10 ans, le secteur agricole de La Nation souffrira d’une pénurie de main-d’œuvre sans précédent. Cent pour cent des fermes auront un manque d’employés agricoles, une vraie problématique qui touchera un secteur important qui pèse 138 millions de dollars pour la municipalité. La tâche de recruter les agriculteurs de demain devient un défi quotidien pour la plupart des agriculteurs d’aujourd’hui.

Le nouveau département de développement économique de La Nation vient de soumettre, aux élus de la municipalité, un rapport alarmant sur la pénurie de main-d’œuvre agricole dans la province et spécifiquement dans la municipalité. Ce document résume les points saillants découlant d’un webinaire organisé par l’Association des agriculteurs de l’Ontario et le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario, auquel le gestionnaire du développement économique et touristique Benjamin Bercier a assisté, le jeudi 12 décembre 2019.

photo fournie

Ce webinaire, intitulé Le futur de la main-d’œuvre agricole: Données, stratégies et opportunités, présente une image spécifique à la municipalité concernant une problématique dont souffrent les agriculteurs de l’Ontario, de La Nation et d’ailleurs, celle de la pénurie de la main-d’œuvre et le défi de la relève dans ce secteur économique vital.

 «Le premier élément de ce rapport est de présenter la situation aux membres du conseil, ainsi qu’à la communauté, et aussi dire aux fermiers qu’ils ne sont pas seuls face à cette situation», a expliqué Benjamin Bercier.

 Le secteur agricole de La Nation

 L’agriculture représente une source considérable pour la municipalité de La Nation. Ce secteur, qui ne totalise pas moins de 138 millions de dollars de recettes, demeure la clé de voute de la croissance économique de la région. En effet, la valeur totale des fermes, qui s’étendent sur 103 162 acres de terres agricoles et 75 772 acres préparées pour semer, est évaluée à un milliard de dollars. Les agriculteurs de La Nation sont réputés pour leur investissement dans la machinerie agricole et l’automatisation, dont la valeur est estimée à 100 millions de dollars.

Avec 270 fermes, La Nation compte plus de 500 citoyens qui travaillent dans le secteur agricole, ce qui représente 6,58% de la population totale de 7595. Mais les tendances nationales et provinciales, poussées par la décroissance démographique et le départ à la retraite, menacent la bonne santé du secteur. Ainsi, on estime que d’ici 2029, 37%, soit 185 agriculteurs de la municipalité, vont prendre leur retraite. Si cette perspective peut enchanter ses 185 fermiers, ce chiffre donne le tournis aux responsables du secteur. La cause principale étant le manque de relève. En 2029, la municipalité aura un manque de 254 emplois agricoles (suivant les tendances de la province); de plus la municipalité devrait faire face à une baisse de 8,5% de la population de jeunes (entre 15 et 24 ans ), ce qui n’arrange en rien les perspectives de trouver la relève dans cette population très recherchée par les agriculteurs.

Un problème provincial et national

     Ce n’est pas une problématique propre à La Nation. En effet, tout le Canada et la province souffrent de cette pénurie, avec des disproportions plus grandes et plus couteuses. Ce secteur, considéré comme le plus important employeur au Canada, affiche un état de santé morose concernant l’employabilité. En 2014, 8600 postes dans le secteur agricole sont demeurés vacants. Un déficit qui a couté à l’industrie 436 millions de dollars, et cela ne s’arrange pas avec les années. Selon des chiffres du Conseil canadien des ressources humaines en agriculture (CCRHA), les pertes annuelles de revenus pour les agriculteurs canadiens, du secteur primaire, attribuables à des postes non comblés, s’élèvent à 1,5 milliard de dollars, ce qui représente 3% de la valeur des ventes et de la production totale de l’industrie.

A l’échelle provinciale, l’Ontario est le plus gros employeur agricole au Canada. Elle est confrontée à d’importants défis en matière de main-d’œuvre, qui devraient s’intensifier au cours de la prochaine décennie.

Comptant 103 000 travailleurs ou 27% de la main-d’œuvre agricole canadienne en 2014, l’Ontario était le plus gros employeur du secteur de l’agriculture du Canada. L’Ontario compte les plus fortes concentrations de travailleurs dans cinq des industries agricoles du Canada. La province regroupe 41% des travailleurs de l’industrie de la culture en serre et en pépinière et de la floriculture*, 40% des travailleurs de l’industrie ovine et caprine, 36% des travailleurs de l’industrie de la volaille et des œufs, 36% des travailleurs de l’industrie des fruits de champs et des légumes, et 30% des travailleurs de l’industrie porcine du Canada. Près d’un travailleur agricole sur quatre (24%) est employé dans l’industrie de la culture en serre et en pépinière et de la floriculture de la province.

Le deuxième employeur en importance est l’industrie laitière, qui regroupe 12% de la main-d’œuvre de la province. L’industrie des fruits de verger et de la vigne et l’industrie bovine emploient chacune 9% de la main-d’œuvre agricole de la province. Cela dit toute cette industrie souffre devant le phénomène de manque de main-d’œuvre; les agriculteurs ontariens estiment avoir laissé 591 millions de dollars de vente sur la table en 2017.

Toujours selon le CCRHA, 43% des agriculteurs ne reçoivent aucune réponse à leur offre d’emploi en Ontario et 46% n’arrivent tout simplement pas à pourvoir un poste vacant. Une autre donnée importante est celle de la croissance du secteur, puisque 43% disent que le manque d’ouvriers agricoles force les fermiers à laisser passer des occasions de croissance et d’expansion ou à avorter le transfert de fermes.

La demande de main-d’œuvre devrait augmenter, à mesure que le nombre d’employés canadiens diminue. D’ici 2025, quelque 46 600 emplois risquent de demeurer vacants en raison du manque de main-d’œuvre canadienne, la plus importante rareté de main-d’œuvre de tout le secteur agricole canadien.

La demande de main-d’œuvre croissante et l’offre réduite de travailleurs canadiens accroitront considérablement la pénurie de main-d’œuvre en Ontario, et l’industrie de la culture en serre et en pépinière et de la floriculture sera la plus durement touchée. La demande de travailleurs agricoles en Ontario devrait augmenter en moyenne de 0,9% par an pour les dix prochaines années, passant de 112 000 travailleurs en 2014 à 124 000 travailleurs en 2025. Ce taux de croissance est presque le double de la moyenne nationale de 0,5%. La demande de main-d’œuvre augmentera, mais on prévoit que le nombre de travailleurs canadiens diminuera, puisque 6300 résidents canadiens de moins seront disponibles pour travailler dans l’industrie agricole de l’Ontario d’ici 2025. Ainsi, le nombre d’emplois ne pouvant être pourvus par l’offre de main-d’œuvre canadienne augmentera de 4,5% par an, passant de 28 700 à 46 600 au cours de la prochaine décennie. Ce dernier chiffre représente 38% de la main-d’œuvre totale requise pour soutenir l’industrie. Autrement dit, d’ici dix ans, près d’un emploi agricole sur trois dans cette province demeurera non pourvu, à moins qu’il soit possible de trouver d’autres travailleurs canadiens ou étrangers.

Ce problème aujourd’hui est la principale source de stress pour les agriculteurs qui s’estiment lésés par ce phénomène.

La semaine prochaine : Pourquoi est-ce aussi difficile de trouver des employés?