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le Mercredi 11 Décembre 2019 19:16 Autres - Others

Fromage & Cie, une entreprise au coeur de sa communauté

Nathalie Malo et son conjoint Yvan Lauren.  — photo Cristiana Mandru
Nathalie Malo et son conjoint Yvan Lauren.
photo Cristiana Mandru
Pour certains, Fromage & Cie c’est le paradis de la poutine, tandis que pour d’autres, c’est le fromage frais en grains, fabriqué il y a à peine quelques heures, au gout divin, qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Pour plusieurs, ce sont les pizzas ou encore les gâteaux décadents au fromage qui viennent de sortir juste à point pour le temps des Fêtes.

Ça s’appelle Fromage & Cie. « Le Cie c’est tout ce que l’on peut faire avec le fromage », explique Nathalie Malo, propriétaire unique et entrepreneure dans l’âme. Quel que soit son penchant, avec son menu exhaustif de plus de 14 variétés de poutines et plus de vingt-et-une variétés de pizzas (dont trois végétariennes), les fromages frais en grains, les cheddars en bloc et un bon assortiment d’à côtés, Fromage & Cie n’est surement pas passé inaperçu par les amateurs d’une cuisine simple, sans prétention, mais toujours affichant fraicheur et excellent gout dans son menu. En tout cas, le resto n’est pas passé inaperçu par la Chambre de commerce et d’industrie d’Argenteuil, qui lui a décerné le Prix Excellence du meilleur restaurateur en 2019, après seulement trois ans d’existence.

photo Cristiana Mandru

Il y a à peine trois ans, en 2016, un petit casse-croute, Fromage et Cie, voyait le jour en septembre, à Grenville, en affichant la vache colorée qui a désormais acquis une semi-célébrité à elle-même au sein de la communauté locale. En avril 2018, deux ans plus tard, la fromagerie a aussi vu le jour, après l’obtention de tous les permis requis.

Cependant, tout a commencé bien avant pour Mme Malo, qui a puisé son inspiration et ses connaissances au cours de ses 25 ans dans l’agriculture, notamment la production laitière. Auparavant, elle et son conjoint, Yvan, détenaient une ferme laitière, mais plus maintenant; elle a laissé ses parts de la ferme familiale à ses fils, afin de concentrer toute son énergie créative vers son nouveau bébé, Fromage et Cie.

Ce sont exactement les mots qu’elle emploie lorsqu’elle parle de son casse-croute : « C’est un petit bébé encore, puisqu’au niveau de la publicité, du marketing et tout le reste, on n’en a pas les grands moyens. Les gens qui venaient ici, c’était pour la poutine, cela a fait une bonne publicité pour le fromage. Mais il reste encore beaucoup de travail à faire pour développer davantage la fromagerie. »

« On a une belle relève à la maison avec nos deux garçons, mes filles et mes belles-filles qui nous aident. Tout le monde met la main à la pâte », raconte-t-elle. En tant que mère de six enfants, deux fils et quatre filles, Mme Malo se dit heureuse de pouvoir compter sur leur aide, essentielle dans son entreprise, qui est ouverte tous les jours et les fins de semaine; un 40 heures par semaine ne ferait jamais fonctionner ce genre d’entreprise là, donc elle mobilise toute l’aide qu’elle est capable de recruter autour d’elle. « J’ai six enfants qui sont endurants », plaisante Mme Malo, fière de sa descendance.

« Ce qu’on voulait quand les gens viennent ici, c’est qu’ils se sentent comme ailleurs. Tu peux bien manger sans que ça te coute les yeux de la tête », explique-t-elle. La cuisine est à aire ouverte, tout le monde peut voir ce qui s’y passe; pour la fromagerie, c’est pareil, on peut y voir la confection du fromage. C’est un concept qui rapproche, qui transporte l’imagination aux origines du fromage.

Une bonne équipe d’une dizaine d’employés, principalement formée de femmes, est là pour aider Mme Malo, dont six, depuis le tout début, ce qui aide à tisser des liens, tant avec les autres membres de l’équipe qu’avec les clients. « On a vraiment un lien de proximité avec nos clients. On est chanceux, on a une belle clientèle. On fait des efforts, mais eux aussi, ils le font », constate-t-elle.

Sa marque de commerce c’est le fromage hyperfrais. Le cheddar en grains, une fois qu’il a été fabriqué, peut être gardé 24 heures à l’extérieur, après quoi, il faut le réfrigérer. Le fromage réfrigéré est toujours bon, mais il change imperceptiblement de gout et les vrais amateurs préfèrent un fromage qui n’a pas été réfrigéré, qui est frais. « J’ai la facilité d’avoir moi-même des idées, ce qui va avec quoi, sans me forcer. Pour les poutines, on a fait un petit conseil familial. On voulait voir ce que chacun aimerait dans sa poutine », révèle Mme Malo.. Elle énumère les options végétariennes, véganes et keto qu’elle a ajoutées au menu, au fur et à mesure, pour le rendre plus inclusif et varié et pour répondre à la demande actuelle. «

Le concept duquel on est parti est familial et la façon de le mettre en pratique est conviviale. Le but est d’essayer de diversifier sans s’écarter, tout en essayant d’offrir le choix à une famille ou à un groupe, pour que tout le monde puisse en avoir pour son compte, peu importe leurs préférences individuelles, diètes ou intolérances. Je veux qu’on ait de tout pour tous les membres d’une famille. »

Son modèle et sa source d’inspiration

Mais la source primordiale de son inspiration, son premier modèle a été d’abord et avant tout sa mère. Avant l’avènement du féminisme, les agricultrices, comme sa mère et celle d’Yvan, son conjoint, étaient des femmes qui travaillaient dans un milieu éminemment masculin, en s’affairant à des tâches physiques, dures, qu’on désignait de masculines.

« Moi, je considère que ma mère a pris sa place dans un monde majoritairement masculin. » Ses parents l’ont encouragée dans la voie qu’elle a choisi de poursuivre, c’est-à-dire l’agriculture, « malgré que je fusse une fille, se souvient-elle avec fierté. Ma grand-mère, qui est née avant 1900, en me voyant a dit : ‘T’es pas pareille, t’es comme un garçon’, rigole-t-elle. Je n’étais pas comme un garçon, j’étais juste une fille qui prenait sa place dans un monde d’hommes. Mais pour elle, d’où elle partait, ça ne se faisait pas ».

À une époque où les femmes devaient avoir la signature de leur mari pour une simple opération bancaire, le fait que sa mère n’acceptait pas le statuquo a toujours constitué un modèle pour la femme entrepreneure en devenir qu’était la petite Nathalie à cette période. Pour sa mère, il n’y avait pas de limites à ses projets, juste parce que c’était une femme dans un monde d’hommes.

 « Au Québec, on est chanceux quand même, mais à ma grande surprise, quand je suis arrivée dans la restauration, c’était encore plus macho comme milieu. En faisant affaire avec des fournisseurs, on s’est fait demander, moi et ma belle-fille, où était mon mari; et on parle de 2016 », s’étonne-t-elle.

« Il y a des femmes, oui, mais… on ne les met pas toujours à l’avant-plan », poursuit-elle. Reste que les grands chefs sont invariablement des hommes, tandis que les femmes sont serveuses, selon elle. En tant que propriétaire unique de Fromage & Cie, son mari vient parfois l’aider. C’est un choix de vie qui surprend toujours, mais ça ne devrait pas, selon celle qui dit avoir choisi cela. Mais pas son mari, il ne voudrait jamais le faire à temps plein, pour sa part. Les gens commencent à réaliser cela, surtout lorsque les chiffres parlent.

Sa contribution à la communauté

Une autre grande source de motivation et de fierté c’est de pouvoir contribuer à sa communauté, en utilisant des producteurs locaux de Grenville, du Québec ou de l’Ontario, pour la majorité de son menu, que ce soit pour les patates, les viandes, pour le lait, etc.

« Je ne peux pas renier mes racines d’agricultrice. Moi, je trouve ça important qu’on fasse des efforts pour la valorisation de nos produits. C’est important pour moi que tous mes producteurs soient locaux, puisque ça me rassure de savoir que c’est transformé avec une production contrôlée, en sachant qu’ils prennent soin des animaux. C’est important aussi que les gens sachent que les normes d’élevage et les programmes de bienêtre animal, ainsi que de qualité du lait, sont parmi les meilleures au monde ici, chez nous. Je me dis que les petits commerces, ça change la vie d’un quartier, ça change la vie de ces gens-là, ça change la vie d’une communauté, parce que c’est à l’échelle humaine; c’est quelque chose que j’aime de mon métier », raconte-t-elle avec fierté.

Contribuer à sa manière à sa communauté, c’est ce qui la motive à se lever tôt le matin, tous les jours. Et il faut se lever tôt si on veut accomplir tout ce que Mme Malo et son équipe réalisent dans une journée typique. Pour la confection du fromage, cela prend environ cinq heures et demie. Mais avant, il faut faire la pasteurisation, refroidir le lait, ce qui prend encore deux heures. Lorsque tout le fromage est en bloc, il faut le hacher, le saler, le sortir du bassin, le pelleter et le remettre en sac ou en bloc, selon la texture (cheddar ou fromage en grains). Au total, on parle de douze heures : neuf heures pour le fabriquer et pour ensuite l’offrir aux clients; ensuite, il faut nettoyer l’usine, donc un autre trois heures.

En parlant de fabrication (pas d’emballage), c’est le même procédé qu’il faut toujours suivre pour avoir du bon fromage, qu’on fasse cinq kilos ou 500 kilos. C’est ça le secret du bon fromage : il faut être patient, puisque c’est un produit vivant, donc il faut respecter et travailler avec sa nature, jamais pareille, et prendre le temps qu’il faut, selon Mme Malo.

photo Cristiana Mandru

Conciliation travail-famille

En ce qui est de sa conciliation travail-famille, Mme Malo raconte qu’à travers son cheminement, elle a fondé une CPE, parmi les premiers à ouvrir au Québec et le tout premier avec des heures élargies. À partir du moment où ses enfants n’ont plus été capables d’en bénéficier, elle relate qu’elle les a fait garder.

 « J’ai toujours revendiqué ce droit de les faire garder, tant pour moi que pour leur sécurité et pour leur vie aussi. Donc c’est ainsi que j’ai concilié le travail avec ma famille », dévoile-t-elle. En tant que mère entrepreneure de six enfants, qui a toujours travaillé tout en élevant ses bambins, elle comprend aussi tout le côté pressé des soirs de la semaine, donc elle veut offrir des repas faits maison pour emporter.

Projets à venir

Pour ses projets à venir, Mme Malo souhaite ouvrir une petite boutique d’épicerie fine, où elle va s’adjoindre des producteurs locaux d’autres produits qui vont bien avec le fromage, tels que le chocolat, les olives, les huiles, etc. Pour l’instant, elle vise davantage la diversification de l’offre que la distribution à grande échelle. Elle annonce qu’il y aura une grande fête en janvier pour lancer la boutique et tous les nouveaux produits disponibles pour la Saint-Valentin.

La distribution n’est pas une finalité en soi pour Mme Malo. Les produits de la fromagerie sont donc exclusivement disponibles au comptoir du casse-croute. « C’est comme si j’avais un enfant et je ne suis pas prête à le laisser partir. Pour moi, la distribution c’est une grosse activité à gérer avec ce que j’ai déjà à diriger en ce moment. Je ne dis pas non à tout jamais, c’est juste pour maintenant. Je ne veux pas prendre de l’expansion à tout prix. Vendre ici, c’est sans intermédiaire, je vends moins, mais je vends mieux », explique-t-elle. Tels sont ses plans pour l’avenir proche de son entreprise.

En parlant d’avenir, la propriétaire de Fromage & Cie dévoile que les idées ne lui manquent jamais, mais elle a dû apprendre la patience, « parce que des fois j’ai plein d’idées et je veux les partir toutes en même temps. Mais, je ne peux pas faire ça. Je dois prendre ça une étape à la fois. Là, on est à l’étape de Noël : les marinades, les petits gelées, les fromages spéciaux de Noël et les gâteaux au fromage. »

Une raison de plus pour aller visiter le restaurant au 29A rue Maple, à Grenville, qui est ouvert sept jours par semaine, ou aller sur leur page Facebook, où les promotions ne se font jamais attendre.

 

photo Cristiana Mandru