le Mercredi 25 mai 2022
le Jeudi 3 février 2022 13:54 | mis à jour le 8 avril 2022 19:42 L'ARGENTEUIL

Une femme pas comme les autres

Suzie Léger, PDG de Géostar et son fils Ian Ménard. VP Notreau Inc. — François Daniel
Suzie Léger, PDG de Géostar et son fils Ian Ménard. VP Notreau Inc.
François Daniel
Elle parle d’abondance puis tout à coup, elle éclate de rire. Un rire sonore qui remplit toute la pièce, un rire de femme qui aime la vie. «Moi, ce que je veux, c’est avoir du plaisir» qu’elle affirme. Il émane de cette femme une énergie rare.  

Son parcours n’a rien d’habituel non plus. Elle est aujourd’hui PDG de Géostar, une compagnie d’analyse d’eau, d’air et de sol installée au centre-ville de Brownsburg-Chatham depuis 2001. Mais l’histoire de Susie Léger commence bien avant.  

Susie Léger effectue un retour aux études à l’âge de trente-cinq ans, après s’être occupée de sa famille pendant sa jeunesse. Elle termine son secondaire, s’inscrit au Cégep puis à l’Université pour réaliser un rêve: elle sera géologue et fera de l’exploration en territoire vierge. À la fin du siècle dernier, on ne se bouscule pas au portillon pour étudier la géologie, encore moins quand on est une femme. «J’ai été une pionnière», dit Mme Léger en éclatant de rire.  

Mais, diplôme en main, lorsqu’elle frappe à la porte des compagnies minières, aucune n’accepte d’engager ce petit bout de femme de moins de cinquante kilos qui prétend prélever des roches dans le Bouclier canadien. Qu’à cela ne tienne! Elle décide de fonder sa propre entreprise, Géostar, qui va effectuer des analyses d’eau. Comme en 1994, elle et son mari sont tombés amoureux de Pine Hill où ils ont acheté d’abord un chalet puis plus tard une maison, c’est là qu’elle installe son laboratoire. Cela fonctionne. Si bien que vers 2000, la maison est envahie d’une telle quantité de boîtes et de fournitures qu’un déménagement s’impose.  

Désireuse de rester dans la région, elle trouve à Brownsburg-Chatham un splendide édifice abandonné depuis l’année du verglas (1998), l’église United Church. La bâtisse souffre de décrépitude avancée, mais Mme Léger imagine la transformation des lieux. Elle y transbahute donc son laboratoire. Les travaux de rénovation vont durer vingt ans à raison de vingt à vingt-cinq mille dollars par année en moyenne.  

Pendant ce temps, elle développe sa clientèle; sans négliger les particuliers qui lui ont permis de démarrer l’entreprise, elle courtise également les promoteurs immobiliers et les compagnies de constructions à qui elle offre son expertise en analyse de sol. La compagnie prospère. Au point qu’en 2017, on commence à manquer d’espace dans l’église. Il se trouve qu’au même moment et de l’autre côté de la rue, la Caisse Desjardins ferme sa succursale de Brownsburg-Chatham. Mme Léger achète donc l’ancien bureau de poste pour faire la paire avec son ancienne église. Elle y déménage le laboratoire Notreau Inc. à la tête duquel elle nomme son fils, Ian Ménard, vice-président de Géostar.  

Pour ce jeune homme, ce qui importe surtout, c’est le service à la clientèle, si modestes que soient les contrats. La compagnie propose aux inspecteurs en bâtiment d’offrir à leur clientèle des analyses d’air (traces de moisissures, d’amiante, etc.). On a donc mis sur pied un programme de formation pour ces inspecteurs Laboratoire Notreau Inc. va bien.  

À l’affût de nouveaux défis, comme on dit, Mme Léger veut aller plus loin: développer l’analyse des sols, la granulométrie, la géotechnique et l’analyse du béton. On est de nouveau à l’étroit dans l’église. Et puis, comme les plafonds sont hauts (on construisait pour que les prières montent vers le Seigneur), le bruit est difficile à gérer. En biais avec l’église et tout à côté du nouveau laboratoire Notreau se trouve un bâtiment vide, ce qui reste de la dernière épicerie de Brownsburg-Chatham. Mme Léger y voit un lieu idéal pour le laboratoire d’analyse des sols et plus d’y loger l’administration des quatre compagnies: Géostar Inc, Laboratoire Notreau, GMT Lab et une compagnie à numéro qui fait la gestion d’immeuble. Elle achète.  

Alors de nulle part survint la pandémie. On garde son sang-froid, mais on se sent quand même un peu serré dans ses souliers. Au moins, durant le premier mois, dit Ian Ménard. Mais les choses non seulement se tassent, mais l’exode des citadins vers la campagne et l’arrivée en masse des développeurs immobiliers se traduit par une hausse imprévue du chiffre d’affaires. Si bien que tout le monde travaille fort au point de devoir mettre sur la glace le projet de fonder une cinquième compagnie: Starmédic, un laboratoire médical. Un rêve? Parlant de rêves, Mme Léger confie qu’elle est aussi une artiste. Elle a longtemps peint selon la technique du sfumato employée par Léonard de Vinci et qui consiste à obtenir des contours vaporeux par l’utilisation successive de couches transparentes. Une intolérance à la peinture à l’huile l’a forcé d’abandonner. L’huile, pas la peinture. Elle fait désormais de l’aquarelle. D’ici peu, elle va d’installer un atelier dans le sous-sol de la vieille église qui sera désormais offerte en location notamment à des promoteurs de spectacles. Un dernier mot. Dans une vie antérieure, Mme Susie Léger était soudeuse.