Circé: un personnage plus grand que nature

Par Mylène Deschamps - EAP
Circé: un personnage plus grand que nature
Stéphane Circé, un nouvel artiste dans la région, fait sa marque par ses œuvres en bronze et par ses qualités de communicateurs. -photo Mylène Deschamps (Photo : Éditions André Paquette)

Le garage qui juxtapose la maison pourrait sembler banal.  Dès un premier regard, on y découvre un atelier remplis d’œuvres d’arts, des sculptures de broches, des jouets qui serviront à un projet futur, des produits de cire et de silicone, du métal, de la colle, des tableaux, des tonnes d’outils et même, pour les plus curieux, on y déniche un recueil de poèmes écrit par l’artiste qui y habite.

Stéphane Circé semble avoir tous les talents.  Il a créé en moins de deux ce petit univers artistique qu’il partage avec sa conjointe artisane originaire de Cuba. «Vous auriez dû voir l’endroit voilà quelques mois!» Établi à Lachute depuis décembre dernier, il est allé au-devant et a déjà rencontré les principaux acteurs culturels de la région; le Centre d’art d’Argenteuil, l’Espace culturel Saint-Gilles et participe à sa première Route des arts, qui se déroulait du 15 au 23 juillet dans les basses Laurentides.  Comme un poisson dans l’eau, il semble déjà connaître la majorité des artistes et est très actif sur les réseaux sociaux.  Avec une bouille sympathique,  l’artiste multidisciplinaire n’a pas tardé à faire sa marque à Lachute et ses environs.

Il a tout d’abord  gagné sa vie dans le merveilleux monde de la fabrication de décors de cinéma à Montréal. Durant son parcours,  il a fait des ateliers avec plusieurs mentors, dont Jean-Louis Émond. «Sortez-vous de votre cube, sortez-vous de votre rond et essayez de faire ce que vous avez vraiment en tête»,  c’est la leçon qu’il a retenue de l’illustre sculpteur. Circé est un autodidacte, mais surtout un sculpteur, qui est tombé un jour dans la marmite de bronze. Il faisait beaucoup de sculptures avec de la broche et du plâtre… Voilà 10 ans, lors d’une porte ouverte à Inverness en Estrie, là où se trouvent deux fonderies de bronze reconnu pour leur savoir-faire, il tombe en amour avec ce médium. «Je pensais que faire des bronzes était inaccessible pour moi.  J’avais de la difficulté avec la compréhension de la cire perdue et je voyais ça trop de façon théorique», explique-t-il.

Circé, généreux et ambitieux communicateur, révèle les secrets devant les regards remplis de questions lors d’une des journées porte ouverte de son atelier.  «Les bronzes, c’est plusieurs étapes.  Ça ne se fait pas en criant ciseau!», lance-t-il à la volée aux curieux réunis. N’empêche que ce fameux vendredi ensoleillé, il explique la série d’étapes qui a mené à la création de son éléphant de bronze. De la fabrication du moule en cire, à la douzaine de trempettes dans la céramique liquide (la barbotine), la fabrication des chemins de coulée et de la cheminée, la coulée de bronze, les 1700 degrés de cuisson, le démoulage au «grinder», l’oxyde de cuivre pour exécuter la patine; Circé explique avec le feu sacré.  C’est clair.

On y apprend même que c’est sous le règne de Louis XIV que les règles déontologiques des œuvres d’art en bronze ont été définies.  Circé fait 8 œuvres numérotés  pour les collectionneurs et 4 (noté en chiffre romain) pour les galeries. Après, le moule sera brisé par les accompagnateurs dans le projet de l’Atelier du bronze.  Son 2e éléphant, exposé lors de la présentation des 24 artistes de la route au  Centre d’art d’Argenteuil, se retrouve chez Bol d’air pur, une entreprise de Brownsburg-Chatham.   «Celui-ci a un petit défaut à l’oreille… Je le garde comme ça.  Je prends des notes et des photos, souligne-t-il. Moi j’aime les affaires qui ne sont pas esthétiquement parfaites!»   Quand il en vend un, il se lance sur son prochain.  Le 4e n’est pas loin, une personne aurait déjà signifié son intérêt pour l’éléphant à l’oreille brisée.

«C’est capotant la qualité des gens que je reçois «icitte»! Quand je fais des expositions, je me dis, mais, voyons, tout le monde est intéressant et intéressé.  Ils ne sont pas là pour dire -je suis allée dans une galerie-, ils sont là parce qu’ils veulent voir ce qui se fait par les artistes.» Cet accueil merveilleux en région, il n’en revient juste pas…  Habitant à quelques pas de l’entreprise Luxor, il ajoute un travail pour combler le manque à gagner de sa retraite prise en 2020.  Il veut voyager et l’inflation frappe tout le monde.

Se gorgeant de mille défis, il pense déjà à l’an prochain alors qu’il voudrait livrer des démonstrations en direct en coulant son bronze devant public. «J’ai ça en tête!»

Vous croyez que Circé est le seul artiste flamboyant et passionnant? La Route des arts invite à célébrer l’art dans leurs ateliers. On est aussi passé chez Maxime  Lacourse à Saint-Joseph-du-Lac et cette impression d’entrer dans un univers unique était aussi percutante. L’an prochain, on fêtera les 25 ans de la Route des arts! Soyez-y!

 

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