Des élèves de maternelle changés d’école

Par Mylène Deschamps - EAP
Des élèves de maternelle changés d’école
La population explose dans Argenteuil et plusieurs écoles primaires ne suffisent plus à la demande. La construction de la nouvelle école Saint-Philippe ne débutera pas avant 2024 et on manque de locaux depuis plusieurs années déjà. -photo Mylène Deschamps. (Photo : Éditions André Paquette)

Depuis plusieurs années, c’est deux petites classes de maternelle (environ 14-15 élèves par classe) qui commencent leur parcours scolaire à l’école Saint-Philippe.  Des parents ont appris par l’envoi d’une liste des effets scolaires le 30 juin dernier que leur enfant devra plutôt fréquenter l’école Bouchard pour un an, alors que le Centre de services scolaires de la Rivière-du-Nord a fermé la 2e classe pour répondre à un débordement de clientèle.

«Vous comprenez que nous devons respecter les espaces disponibles et les ratios d’élèves afin d’offrir des services de qualité dans un environnement agréable pour vos enfants et tout le personnel », conclut une lettre signée par la directrice Éthel Girardeau de l’école Saint-Philippe, envoyée le même jour en après-midi.

Selon le site Internet du CSSRDN, l’École Saint-Philippe pourrait accueillir 185 élèves.  Lors de notre appel mercredi, le service de communication précise que le nombre d’inscriptions à l’école est passé à 210 élèves, soit 34 élèves de plus que l’année précédente. Un relevé de clientèle est fait à raison de 4 fois par année par le service d’organisation scolaire. On avait noté une augmentation subséquente de la clientèle dès janvier et on prévoyait le transfert de 3 groupes vers une autre école. «Au lieu de 3 groupes, ce sont seulement sept élèves qui sont transférés. Le personnel a fait preuve d’ingéniosité pour éviter de déplacer trop d’élèves», explique Nadyne Borchu, conseillère en communication au CSSRDN, suite à quelques recherches. Mme Brochu nous avait tout d’abord signifié, lors d’un premier appel, qu’il y avait beaucoup de nouvelles familles qui s’étaient inscrites après mai.  «Il y a un flux migratoire vers cette région qui est en partie responsable de ce changement», avait-elle d’abord mentionné. Mme Brochu mentionne qu’un appel volontaire pour un changement d’école aurait aussi été proposé en mai aux parents, mais personne n’aurait signifié d’intérêt.

Selon la politique du CSSRDN, la priorité pour le maintien dans une école de quartier lors d’un débordement de clientèle sera donnée aux élèves dans l’ordre suivant:  avoir sa résidence principale dans le bassin d’alimentation de l’école (aucun choix d’école possible); fréquenter cette école au moment de la demande ou avoir fréquenté une autre école du centre de services scolaire l’année précédente (dont la prématernelle 4 ans); avoir un membre de la fratrie qui fréquente déjà cette école et y étudiera l’année suivante; avoir sa résidence principale à proximité de l’école de destination et, en dernier lieu, le moment de la demande d’admission faite par les parents. Par contre, les élèves inscrits avant le 3e vendredi du mois de mars ont priorité sur ceux inscrits après cette date. Cependant, selon l’article 12.5 de cette même politique, lorsque le Centre de services scolaire doit déplacer un ou plusieurs groupes d’élèves afin de résorber une problématique de manque de locaux ou de trouver une mesure alternative à une situation exceptionnelle, il peut utiliser le critère géographique afin de regrouper les élèves d’un même quartier ou déplacer un cycle complet, sans tenir compte de la première section.

Il y aurait 26 enfants de 5 ans au 30 septembre inscrits pour la rentrée 2023, donc 13 élèves par classe sur une possibilité de 18 selon les ratios d’élèves maximums en milieu défavorisé pour ce groupe d’âge. Le groupe de Saint-Philippe se retrouvera en excédent d’un élève avec 19 enfants qui formeront la seule maternelle de l’école Saint-Philippe.

C’est donc sept enfants qui sont changés d’école et fréquenteront celle située à environ 7 kilomètres des demeures de chacun.  Les enfants choisis habitent à environ un kilomètre de leur école, dans le même quartier.  Ils auraient été des marcheurs.  Avec ce changement, ils devront prendre l’autobus pour se rendre à la maternelle qui débute à 7h45 plutôt qu’à 8h27 dans le cœur du village de Brownsburg-Chatham.

«J’ai appelé la directrice et le protecteur de l’élève et on nous dit qu’on ne peut rien faire puisque toutes les règles ont été respectées, explique Marie-Ève Mallette, une maman qui est surtout déçue de la façon de procéder et du manque d’empathie. On a vraiment l’impression que la directrice nous déroule un discours.  C’est pas juste pour notre enfant, on fait ça pour dénoncer la situation.»

Mme Mallette avait inscrit son enfant au bon moment en février dernier, avait assisté aux rencontres informatives de l’établissement, avait fait l’achat des uniformes obligatoires et attendait avec impatience, avec son conjoint Hugo Campeau, la liste des effets scolaires pour une belle rentrée à deux pas de leur maison.  Bien qu’on leur offre un remboursement des uniformes, quelle ne fut pas leur surprise de recevoir cette missive  voilà une semaine.  Mme Mallette a demandé si son enfant pourrait poursuivre à l’école Bouchard pour tout son parcours, mais on lui signifie que l’autobus ne serait fourni que pour cette année.

Après, elle devrait assurer son transport. «On banalise la situation en nous mentionnant que ce ne sera que pour une année, mais, nous, on veut s’assurer d’une stabilité pour nos enfants tout au long de leur parcours scolaire». Dans la même politique, on indique toutefois qu’un élève ne peut être transféré plus d’une fois durant son parcours scolaire sauf s’il y a un changement de lieu de résidence ou un changement des périmètres (une partie du territoire du Centre de services scolaire desservi par une école). De côté du CSSRDN, Mme Brochu rappelle que c’est une situation extraordinaire et que cette solution était idéale puisque les petits n’ont pas encore de sentiment d’appartenance à leur école.

Des parents nous indiquent que le local de musique sera transformé en un local d’anglais (la musique sera remplacée par l’art dramatique) et que les enseignants n’ont pas de local depuis quelques années. Mme Mallette a demandé pourquoi on n’installe pas des modulaires, comme il a été fait à l’école L’Oasis.  «Cela coûterait trop cher», lui a-t-on répondu. De notre côté, Mme Brochu insiste sur la problématique vécue sur tout le territoire: «L’analyse de répartition des modulaires par le service de l’organisation scolaire est très complexe et on s’assure de répondre aux besoins d’un maximum d’élèves possibles pour prendre des décisions.» Il y aurait un maximum de modulaire disponible pour tout le territoire et ils seraient tous utilisés.  De plus, «au lieu de 3 groupes, c’est 7 élèves seulement».

Échange de terrain

Étant donné l’augmentation de la clientèle dans Argenteuil (on se rappelle que la région s’est retrouvée dans le top 10 des régions s’étant le plus développées au Canada dans les deux dernières années), la construction de la nouvelle École Saint-Philippe sera plus que bienvenue.  Lors de la séance du conseil de Brownsburg-Chatham, on apprenait qu’un échange de terrain entre la ville et le CSSRDN permettrait, après analyse des sols, de construire l’école tout près du CPE Rêve de Caillette, plutôt qu’à même la cour arrière.

Mme Brochu indique que le lancement du processus de plans et devis aura lieu dès cet automne.  Selon la norme, il prendrait environ 2 ans pour compléter un projet d’école primaire «lorsqu’il n’y a aucun pépin majeur», précise-t-elle.  Donc si tout se déroule dans l’ordre, on pourrait espérer l’ouverture de la nouvelle école, un projet de plus de 20 millions de dollars, à la rentrée 2025.  Puisque plusieurs projets immobiliers sont en cours, dont un à Lachute tout près du centre commercial (plus 800 logements), on comprend que les besoins seront encore à la hausse très rapidement dans toutes les écoles d’Argenteuil.  Afin d’aider à cette croissance, la rénovation de l’ancienne école primaire Immaculée-Conception sera exécutée cette année pour y accueillir les classes du programme alternatif L’envol du Colibri, qui occupe un étage de l’école Saint-Julien.

 

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