le Lundi 5 Décembre 2022
le Jeudi 12 mai 2022 18:02 MRC D'ARGENTEUIL RCM

Lutter contre le décrochage à coups de canettes

Steve O’Brien. — Photo François Daniel  
Steve O’Brien.
Photo François Daniel  
Il y a encore des individus qui jettent leurs canettes de boisson dans les parcs ou les terrains vagues quand ce n’est pas carrément dans la rue. Pourtant, la plupart de ces récipients d’aluminium sont consignés et représentent une petite somme (0,05$ au Québec ou 0,10$ pour la canette de bière en Ontario). Quelques personnes l’ont compris dont Steve O’Brien.

La Fondation Steve O’Brien a fait du mois de Marie le mois de la canette. À cause de la pandémie.  

L’histoire commence 2010. Steve crée une fondation « pour donner aux jeunes les outils afin de réaliser leurs rêves, développer leur confiance et leur estime de soi.»  

Les débuts sont modestes. En 2012, il gravit le Kilimanjaro pour aider l’école Oasis. En 2013, Steve subit un remplacement de hanche qui le laisse inactif pendant un certain temps. Néanmoins, devenu bionique, l’homme met sur pied une série d’événements destinés à recueillir des fonds pour sa Fondation.  En 2014, il effectue un périple de 8000 km avec sa nouvelle hanche qui tient le coup. L’année suivante, pour sensibiliser la population au décrochage scolaire, il parcourt le Canada, une traversée rocambolesque utilisant une douzaine de moyens, du jogging à la planche à roulettes en passant par le  bâton sauteur (pogostick). 

La Fondation ne fonctionne toutefois pas tout à fait comme il l’entend. C’est surtout épuisant de tout faire tout seul ou à peu près. Il a besoin d’un coup de main. C’est alors qu’il découvre le réseautage. Lors d’une rencontre précisément destinée à jumeler des gens d’affaires avec des œuvres philanthropiques, Steve rencontre une douzaine de personnes que sa Fondation intéresse. Le voilà donc prêt à jouer dans la cour des grands.  

Fin 2019, coup de tonnerre. Quelque chose se passe en Chine qui menace le monde entier. Un virus attaque la planète qui fait des victimes partout. 2020, la bête a envahi l’Europe et est maintenant à la conquête de l’Amérique. Les États se mobilisent. Au Québec, le gouvernement impose des mesures de confinement strictes parmi lesquelles une suspension des bals de graduation pour les écoles secondaires et les cégeps.  

Steve constate le désarroi des jeunes qui seront privés d’un des grands événements de leur vie qui symbolise le passage à l’âge adulte; il décide de donner un coup de main. Il invite chez lui les élèves avec leurs parents pour leur présenter leur diplôme, boire le verre de l’amitié et prendre une photo-souvenir. Évidemment, la cérémonie se fera par bulle familiale sans que les groupes n’entrent en contact entre eux. Steve entend financer l’événement en vendant des canettes qu’il recueille chez lui. À quelques jours de la fête, le téléphone sonne. Les directions de la polyvalente et de l’école secondaire anglophone lui font savoir que ce qu’il fait est illégal, qu’il a besoin de l’autorisation écrite des autorités (qu’il n’obtiendra pas). On va même jusqu’à le menacer d’appeler la police s’il persiste dans ses intentions. Le projet tombe à l’eau. Le problème, c’est que la campagne de financement est entamée et que les canettes ont commencé à s’accumuler. L’objectif de 2 500$ est largement dépassé. On décide de continuer quand même jusqu’en octobre. À cette date, la caisse contient 10 000$. Devant ce succès, la Fondation décide d’instaurer en mai 2021 un premier mois de la canette. On fait appel à l’aide des municipalités: des bénévoles récoltent donc des canettes à Lachute, Brownsburg-Chatham et Grenville. Au bout de 5 semaines, on dispose d’une cagnotte de 12 000$ et à l’automne 2021, la Fondation est riche de 40 000$. 

Cette année, le Mois de la canette prend le large et ajoute de nouveaux points de chute. La ville de Gore se joint aux autres municipalités ainsi que le IGA de Grenville, plus accessible que l’ancienne location près de l’Hôtel de Ville. D’autres IGA (Saint-Augustin, Saint-Janvier, Bainville, Bois-des-Filion, Terrebonne, Saint-Eustache et Deux-Montagnes) seront de la partie. Pour 2023, on espère pouvoir s’étendre encore davantage. Peut-être, poussez une pointe du côté de Laval. C’est à voir.   

Pour le moment, la grange du copain d’enfance de Steve, Mark McVicar, est pleine. Non seulement de canettes, mais aussi de bouteilles de vin que l’on va liquider bientôt contre des pièces sonnantes en Ontario.  

Steve O’Brien est bien content. Sa Fondation aura mis dix années à s’installer et grâce à ses nouveaux partenaires, elle a trouvé sa vitesse de croisière.  

Jusqu’à présent, la Fondation a distribué plus de 100 000$ afin de permettre à des jeunes de poursuivre des études supérieures et ainsi de réaliser leurs objectifs. Les demandes proviennent autant d’individus que d’institutions. Ainsi, la fondation a offert cette année à la polyvalente Lavigne vingt ordinateurs Chromebook; elle évalue la possibilité d’en acheter une quarantaine d’autres dans les prochains mois. Parmi les nombreuses assistances individuelles, on note une aide financière à un jeune athlète de haut niveau et une bourse de subsistance à deux étudiants qui sans cette aide auraient abandonné leurs études.  

Steve O’Brien annonce enfin que bientôt, on pourra obtenir sur le site de l’organisme la liste de tous ceux qui ont bénéficié de la Fondation depuis sa création.