le Jeudi 19 mai 2022
le Jeudi 24 mars 2022 12:48 | mis à jour le 8 avril 2022 19:42 L'ARGENTEUIL

Au secours de la déficience intellectuelle

Vickye Boisvert, soutien à la coordination du Mouvement Personne d’Abord, souligne la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle du 20 au 26 mars. — Photo François Daniel
Vickye Boisvert, soutien à la coordination du Mouvement Personne d’Abord, souligne la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle du 20 au 26 mars.
Photo François Daniel
2019. Une délégation d’une vingtaine de déficients intellectuels accompagnés par des bénévoles se présente à l’Assemblée nationale pour demander au gouvernement de modifier leur statut afin que leur photo puisse apparaître sur leur carte d’assurance-maladie, ce qui n’est pas jusqu’alors permis. Le préposé à la sécurité leur interdit l’entrée parce que … ils ne peuvent s’identifier avec une carte comportant une photo. 

2020. Un jeune déficient intellectuel obtient un emploi dans une entreprise. Il travaille de 8h30 à 16h, comme tous les autres employés. Son salaire ne peut pas excéder 200$ par mois parce qu’au-delà de ce montant, il perd ses prestations du bien-être social qui sont aussi de 200$/mois. Pourtant, il fait le même nombre d’heures que ses collègues. Cherchez l’erreur.   

C’est pour dénoncer et éliminer ces absurdités kafkaïennes qui sont autant d’atteintes aux droits fondamentaux que le Mouvement Personne d’Abord (MPA) existe. Sa mission officielle: «C’est un organisme pour la défense des droits des personnes avec une déficience intellectuelle», dit Vickye Boisvert, soutien à la coordination de cet OBNL. Elle précise que son l’organisme s’adresse aux adultes de 18 ans et plus et qu’il faut devenir membre pour profiter de ses avantages. Le membrariat coûte dix dollars par année.   

La déficience intellectuelle est un état, une manière d’être permanente généralement diagnostiquée en bas âge. On la distingue de la maladie mentale ou des difficultés d’apprentissage, qui affectent les personnes de manière temporaire. Le MPA ne s’occupe que des personnes appartenant au premier groupe.   

C’est avec passion que Mme Boisvert dénonce la discrimination qui affecte les personnes déficientes intellectuelles. Il faut avoir vécu avec elles pour mesurer l’écart qui les sépare des gens qu’on dit normaux. C’est précisément le cas de Vickye Boisvert dont la sœur est déficiente. De plus, sa mère a fait beaucoup de bénévolat auprès d’organismes comme le Centre du Florès, devenu partie intégrante du CISSS, et qui offre des services d’intégration au travail. Si bien que pour Vickye Boisvert, c’était un environnement familier.    

Comme exemple de discrimination qui affecte les déficients intellectuels, elle cite le cas d’un homme qui avait décroché un stage dans une chaîne de bouffe rapide. Plutôt que de l’initier à la préparation des plats ou au service la clientèle, tâches dont il aurait pu s’acquitter sans difficulté, on l’a relégué à l’entretien des toilettes et au balayage des planchers. L’homme s’est senti humilié et a quitté son poste.   

Il y a aussi les règles arbitraires défiant toute logique souvent imposées par l’État lui-même. En guise d’illustration: les personnes déficientes intellectuellement reçoivent chaque mois un certain nombre de jetons pour utiliser le transport adapté, pour se rendre au marché par exemple. Or, un règlement interdit de monter à bord du véhicule avec plus de deux sacs d’épicerie. Si on a plus de deux sacs, il faut faire deux voyages, c’est-à-dire utiliser quatre jetons de transport au lieu de deux. Au commun des mortels, cela peut paraître insignifiant; mais aux yeux de l’individu qui dispose d’un nombre limité de jetons, ce ne l’est pas.   

En plus de veiller au respect de leurs droits, le MPA propose des ateliers de discussion et des activités. Certaines sont hebdomadaires comme les soupers spaghetti, la danse et les quilles; d’autres sont ponctuelles ou saisonnières comme les célébrations de l’Halloween ou la cabane à sucre. Des cafés-partage permettent aussi aux membres de s’exprimer, car, contrairement à l’idée reçue, plusieurs peuvent communiquer par la parole et sont parfaitement conscients des discriminations dont ils font l’objet.   

À cause de la pandémie, plusieurs activités ont été suspendues ce qui a occasionné sinon de la détresse du moins de l’isolement chez plusieurs personnes. Afin de combler ce manque, les bénévoles du MPA ont multiplié les appels téléphoniques ou mieux, les liaisons Zoom, allant même jusqu’à fournir des tablettes à ceux qui n’en disposaient pas afin de garder le contact.   

C’est aussi à cause de l’incertitude générée par la pandémie que le MPA a annulé son souper-spaghetti pour célébrer la 34e Semaine de la déficience intellectuelle du 20 au 26 mars prochain. Vickye Boisvert dit avoir préféré faire appel aux médias pour sensibiliser la population aux réalités parfois cruelles des déficients intellectuels. À Montréal, toutefois, la branche provinciale du Mouvement présente depuis le 16 mars une exposition d’œuvres d’art à L’Écomusée du fier monde intitulée D’un œil différent.  

En 2022, pandémie ou non, le MPA va poursuivre son action de défense des droits de ceux qui, il n’y a pas si longtemps, n’en avaient aucun. Vickye Boisvert souhaite en particulier que l’État, les employeurs et la population en général considèrent les déficients intellectuels comme des gens qui peuvent accomplir des choses au lieu de les définir par ce qu’ils ne peuvent pas faire. Ainsi, ils parviendront à s’intégrer plus facilement dans la société.