le Dimanche 14 août 2022
le Jeudi 3 mars 2022 13:25 | mis à jour le 8 avril 2022 19:42 L'ARGENTEUIL

Recypro: du neuf avec du vieux

Steve Chratrand, directeur général de Recypro à Lachute. — Photo François Daniel
Steve Chratrand, directeur général de Recypro à Lachute.
Photo François Daniel
Notre monde commence à comprendre que les choses dont on ne se sert plus peuvent encore être utiles, mais sous une autre forme. Une bouteille de plastique peut devenir un chandail parce qu’on l’a transformée en fil, la boîte de carton qui contenait votre nouveau téléviseur intelligent se transformera en carton ondulé et la chemise à fleurs que vous ne mettez plus sera vendue deux dollars à quelqu’un qui en cherche une.  

Le recyclage est donc en train de rentrer dans les mœurs. Pour Steve Chartrand, directeur général de Recypro à Lachute, cela s’est fait il y a quinze ans. Engagé par les Entreprises d’Insertion Godefroy-Laviolette (EIGL) qui opérait alors une usine-école de fabrication de meubles à Sainte-Thérèse, il hérite alors d’une mission urgente: comme le marché du meuble québécois n’arrive plus à concurrencer les Chinois, il faut trouver une solution de remplacement. Après étude, on décide d’exploiter le marché de la palette de transport, niche que l’usine de Sainte-Thérèse occupe encore quelque 22 ans plus tard.   

En parallèle, le groupe Godefroy-Laviolette diversifie son offre de service avec Éclipse à Saint-Jérôme qui prolonge la vie des bannières publicitaires qu’on transforme en objets d’usage courant (ex. : sacs de voyage). Le groupe s’intéresse aussi aux nouvelles technologies en créant Recypro, spécialisé en recyclage d’appareils informatiques. Plus récemment, cette dernière entreprise faisait l’acquisition du comptoir de Centraide désormais appelé La Ressourcerie. Cela permettra à Centraide de délaisser les activités commerciales pour se consacrer aux campagnes de financement qui constituent sa mission première. Aussi, de l’avis de M. Chartrand, le recyclage de la Ressourcerie attire plus la clientèle féminine de Recypro où le travail en usine est plus physique et plus dur. À la Ressourcerie, les jeunes femmes sont en contact avec le public, ce qui leur permet d’obtenir une formation légèrement différente de celle de leurs camarades masculins.  

Le mot clé dans les quatre entreprises EIGL, c’est insertion.  Elles ont toutes en effet pour objectif la réinsertion au marché du travail d’un groupe souvent laissé pour compte. «Souvent issues de milieux défavorisés, dit Steve Chartrand,  ces personnes sont de plus en plus déconnectées de la réalité du marché. Ils ont souvent perdu leur dernier travail à cause de leur méconnaissance des règles (importance d’arriver au boulot à l’heure, acceptation des changements d’horaires, respect des décisions des patrons, etc.).» Les usines/écoles ont donc pour fonction de leur inculquer la discipline qui leur fait défaut. 

Actuellement, bon an mal an, Recypro reçoit de 60 à 70 inscriptions dont une quarantaine va terminer la formation de 6 mois.  Les éducateurs de Recypro les accompagnent tout au long de leur parcours, depuis l’initiation au démantèlement des vieux ordinateurs ou téléphones cellulaires jusqu’à la recherche d’emploi. L’entreprise rapporte un taux de placement de 87%, même avant que la pénurie de main-d’œuvre se fasse sentir.  

Recypro recueille les appareils auprès de sources diverses en objets recyclables. Il y a d’abord le commun des mortels qui remplace son ordinateur ou sa télévision et qui apporte lui-même les anciens à l’usine. Mais le gros de la matière première provient d’entreprises qui renouvellent leur matériel informatique aux deux ans. Recypro travaille également avec l’Association pour le recyclage des produits électroniques (ARPE, qui est à l’origine de la campagne des Serpuariens et qui garantit que le recyclage sera fait d’une manière sûre, sécuritaire et écologique. Afin de financer certains recyclages qui comportent un coût (notamment les téléviseurs intelligents), L’ARPE, un autre organisme à but non lucratif (OBNL) crée par des marchands de l’industrie comme Best Buy a institué les écofrais qui sont ajoutés à la facture lors de l’achat d’appareils électroniques. 

Et la pandémie ?  Une catastrophe, dit M. Chartrand. Nous étions en compétition avec la Prestation canadienne d’urgence (PCU) qui proposait deux mille dollars par mois aux chômeurs tout en restant chez eux.» L’usine a dû fermer pendant trois mois, période durant laquelle les comptes d’électricité, de chauffage et d’hypothèque n’ont pas été suspendus. En conséquence, si le gouvernement provincial a continué de soutenir Recypro (60% des revenus), l’entreprise privée, elle, s’est déguisée en courant d’air. Heureusement, 2021 s’est révélé une excellente année et l’usine a repris pour ainsi dire du poil de la bête. 

Selon Steve Chartrand, Recypro a le vent dans les voiles, comme l’économie circulaire d’ailleurs dont on entend de plus en plus parler. Les OBNL se multiplient un peu partout à mesure que l’idée de recyclage fait son petit bonhomme de chemin et que les citoyens deviennent davantage écoresponsables. Une manière de dire que l’avenir est dans le passé.  

Photo François Daniel