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le Mardi 26 janvier 2021 15:48 Autres - Others

L’océan Arctique couvert de plastique

L’artiste Yukonnaise Joyce Majiski espère que sa création représentant une baleine à partir de déchets plastiques recueillis sur le littoral de la Colombie-Britannique éveillera les consciences. — photo Leslie Leong
L’artiste Yukonnaise Joyce Majiski espère que sa création représentant une baleine à partir de déchets plastiques recueillis sur le littoral de la Colombie-Britannique éveillera les consciences.
photo Leslie Leong
Les microparticules de plastique, dont une large part provient de nos vêtements, flottent par millions dans les eaux glacées du Nord.

Cet article fait partie de la série Les articles de l’Arctique, une collaboration entre l’Aquilon (Territoires du Nord-Ouest), l’Aurore boréale (Yukon) et le Nunavoix (Nunavut).

L’océan Arctique est rempli de microparticules de plastique. C’est ce que révèle une étude publiée le 12 janvier dans la revue scientifique Nature. Cette étude a été préparée par l’organisme de protection des océans, Ocean Wise, basé à Vancouver.

Le document met en lumière l’étendue de la pollution qui sévit dans les eaux arctiques ainsi que l’invasion des fibres de polyester. Les fibres synthétiques représentent 92 % des particules de microplastiques prélevées à la surface de l’eau et 73 % de ces fibres synthétiques sont du polyester issu du textile.

Menée en collaboration avec le ministère Pêches et Océans Canada, la collecte d’échantillons d’eau prélevée à la surface s’est faite en partie durant l’été 2016 dans tout l’Arctique : de la mer du Groenland au détroit de Béring, en passant par la région de l’archipel arctique qui est un chapelet d’iles au nord du Nunavut. Un total de 71 points de collecte d’échantillons qui ont permis une analyse poussée des niveaux de pollution.

Cependant, les résultats de cette étude ne font qu’effleurer le problème. Les microparticules de plastique ne semblent pas seulement s’accumuler en surface. Dans la mer de Beaufort, où des échantillons ont également été colligés en eaux profondes, des microparticules ont été repérées à plus de mille mètres de profondeur. Par ailleurs, la présence de ces particules est trois fois plus élevée dans la zone est de l’océan Arctique.

Peter Ross, l’un des auteurs du rapport, indique que «l’étude souligne à nouveau la vulnérabilité de l’Arctique aux changements environnementaux et aux polluants transportés du Sud.» D’autres études sont nécessaires selon Anna Posacka, coautrice de l’étude, car «il y a actuellement un énorme manque de connaissances» dû notamment à la difficulté technique de recueillir des échantillons dans les profondeurs de l’océan.

L’industrie du textile mise en cause

L’une des causes de ces hauts niveaux mesurés est la fragilité des fibres de polyester utilisées par les industries du textile dans la fabrication des vêtements et qui, à chaque lavage, se détériorent et se retrouvent dans les eaux usées. Transportées par les courants marins, elles se retrouvent en grande quantité dans les eaux arctiques.

Anna Posacka reconnait que l’industrie du textile est complexe, cependant plusieurs compagnies textiles du Canada et des États-Unis dédiées aux activités de plein air ont décidé d’être partenaires dans une initiative de recherche débutée en 2017 par l’organisme Ocean Wise.

Lire l’article dans son intégralité sur le site du journal L’Aquilon

La présence de ces fibres plastiques en Arctique n’est pas à prendre à la légère selon Chloé Dubois, fondatrice de l’organisme de nettoyage des littoraux, Ocean Legacy basé à Surrey en Colombie-Britannique : «Ce problème est assez préoccupant et les solutions doivent émerger à l’échelle internationale, en changeant par exemple notre modèle de consommation autour du plastique.»

Éveiller et interroger les consciences

L’artiste Joyce Majiski est résidente du territoire du Yukon depuis plus de 30 ans et considère la pollution des océans par les particules de plastique comme un problème majeur. Sa dernière création, présentée au Centre des Arts du Yukon, représente en taille réelle un squelette de baleine à bosse sculpté dans de la mousse de polystyrène recueillie en partie le long du littoral de la Colombie-Britannique.

L’artiste a souhaité créer un espace propice à la réflexion : «Je voulais faire une œuvre qui serait assez grande et massive pour créer de l’émotion chez les gens, les faire réfléchir et leur faire ressentir davantage dans leur corps.»

L’installation comprend une bande sonore qui plonge le spectateur en immersion dans les profondeurs de l’océan où se mêlent des sons issus des activités humaines comme le trafic maritime, mais aussi des chants de baleines.

Joyce Majiski ne se considère pas comme une activiste, cependant, elle espère que son travail artistique permette à chacun de se poser des questions sur leurs habitudes de consommation afin de poser des gestes concrets pouvant faire la différence.